DU GUESCLIN AUX SIÈGES DE RENNES ET DE DINAN

DU GUESCLIN AUX SIÈGES DE RENNES ET DE DINAN

Le duc de Lancastre débarque à Brest. Il veut sécuriser la frontière orientale de la Bretagne. Début octobre 1356, il arrive devant Rennes avec 1 000 hommes et 1 500 archers. Il est accompagné de chefs prestigieux comme Robert Knollys, James Audley (premier chevalier de la Jarretière), le comte de Pembrocke, John Hastings (gendre d’Édouard III) et Jean Chandos ( fidèle du Prince Noir, fils d’Édouard III ) et bien sûr Jean de Montfort, un des deux prétendants au duché de Bretagne.

La garnison de Rennes est tenue par le Sire de Penhoët, dit Tort Boiteux et Bertrand de Saint-Pern, parrain de Du Guesclin.

Bertrand n’est pas encore au courant du siège de Rennes en cette fin d’année. Il harcèle toujours les anglais dans le secteur Pontorson, Dinan, Fougères et Rennes.

L’affaire du siège de Dinan

Mars 1357, le duc avec un millier d’hommes quitte Rennes pour assiéger Dinan. Les villageois demandent une trêve de trois jours qu’il accepte. Le frère de Bertrand, Olivier sort seul de la garnison. En chemin, il est fait prisonnier par un chevalier anglais, Thomas de Canterbury qui le rançonne. Bertrand l’apprend. Il demande audience au duc de Lancastre. Bertrand est inconnu des anglais mais ils ont entendu parler de ses coups de mains.

Le duc de Lancastre parle le premier :

« –  Bonjour à vous, Bertrand !!

John Chandos d’ajouter :

– Bertrand Du Guesclin, bienvenue. Vous boirez bien de mon vin avant de partir.

Bertrand rejette les politesses et réplique :

– Sire, je n’en boirai pas tant qu’on ne m’aura pas fait justice. Vous détenez mon frère, prisonnier. Il a été arrêté pendant la trêve que vous avez ordonnée.

Chandos s’informe auprès de Canterbury qui confirme. Le duc lui reproche cet acte. Canterbury, fou, orgueilleux et amer lui jette un gant de fer et lui lance un défi. Bertrand l’accepte et il vocifère :

– Faux chevalier ! Traître ! vous mordrez la poussière devant tous vos seigneurs, ou ma honte je mourrai. Je ne mangerai que quatre morceaux de pains , au nom du vrai Dieu, avant d’être armé.

– Bertrand, je ne dormirai pas dans mon lit avant de vous avoir combattu !»

Le duel aura lieu sur la place du marché de Dinan. Tous deux s’équipent et montent sur les destriers. Celui de Bertrand est prêté par Chandos. Ils s’élancent l’un contre l’autre. Sous la violence du choc, les 2 lances se brisent. Ils sortent leur épée et continuent le combat à cheval. Canterbury envoie un grand coup sur le bassinet de Bertrand. l’épée ripe et tombe à terre. Bertrand descend de son destrier et la jette dans la foule.

Il lui demande de continuer le combat à pied :

« – Descendez de votre destrier. Nous continuerons notre combat à pied.

Thomas refuse et fonce sur Bertrand.

– Traître, descends, ou ton cheval va être tué »

le destrier arrive sur lui. Il se jette sur le côté et enfonce son épée dans son flanc. Le cheval s’écroule avec son cavalier. Bertrand se jette alors sur Canterbury et l’assène de coups avec ses gants en fer. Le sang de l’anglais gicle. Aveuglé, il se relève.

Puis au moment où Bertrand, de rage, est prêt à enfoncer son épée dans son corps, les voix de Robert Knollys et Thomas Grandson s’élèvent :

« – Ami Bertrand, cela suffit. L’honneur est sauf.

– Beaux seigneurs, laissez moi terminer ma bataille. Par la foi du Seigneur Dieu, ou je le pourfends de mon épée dans l’arène, ou il est mon prisonnier comme il l’a fait avec mon frère Olivier. »

Puis Bertrand se calme. Il s’agenouille devant le duc de Lancastre :

« – Noble Duc, je vous prie et requiers de ne point me haïr ni de me blâmer si j’ai maltraité ce meurtrier. S’il n’était de votre renom, je l’aurai occis.

Le Duc de répondre.

– Il ne vaut guère mieux »

Il fait libérer Olivier. Il donne 1 000 écus à Bertrand pour s’équiper et aussi les armes du vaincu. Puis il bannit Thomas de Canterbury de sa cour.

L’affaire de Dinan fait grand bruit. La ville festoie en l’honneur du vainqueur.

C’est à ce moment, que Bertrand fait connaissance de sa future femme, Tiphaine. Elle est fille de Robert Raguenel et de Jeanne de Dinan, vicomtesse de la Bellière. Elle a 24 ans. C’est une femme savante et une astrologue connue au Moyen Age.

Pour l’heure, Bertrand n’attache aucune importance à cette femme. N’oublions pas qu’il compare les femmes à des brebis. Pourtant, ils se marieront quelques années plus tard.

Le siège de Rennes

Peu après ce combat, les anglais lèvent le siège de la ville de Dinan et s’en retournent à celui de Rennes.

Bertrand, après avoir festoyer à Dinan, continue ses harcèlements. Début avril 1357, il tombe sur un bourgeois de Rennes qui a réussi à s’enfuir de la ville. Celui-ci lui rapporte qu’il part chercher des secours auprès de Charles de Blois à Nantes. Rennes manque de vivres. Il lui relate, aussi, qu’il a parlé au Duc de Lancastre. Il a inventé des renforts envoyés par le régent arrivant par l’est de la ville afin de fuir plus facilement vers Nantes.

Bertrand comprend cette occasion qu’il lui est offerte. De nuit, il met le feu au camp anglais démuni de force armée. Il s’empare d’une centaine de charrettes pleines de ravitaillement et entre dans Rennes.

Le Duc est furieux. Il envoie un messager pour inviter Du Guesclin. Il le voit, une hache sur l’épaule et accompagné d’une demi-douzaine de compagnons. Il est surpris et dit à son entourage :

« – Ma foi, on dirait un brigand qui épie les marchands.

– Attention, il faut lui parler qu’avec courtoisie sinon il vous en coûtera. Il vous coupera les oreilles avec sa hache. Souvenez-vous du combat de Dinan ! »

Bertrand accepte. Arrivé dans sa tente, le Duc lui explique :

« – Charles de Blois n’a aucune chance de gagner la guerre. L’obstination de ses chevaliers les conduiront à la mort.

– Tant mieux pour les survivants. Leur part de butin n’en sera que meilleure.

– Bertrand, si vous voulez demeurer avec moi, vous trouverez en moi un bon et loyal ami ; Je vous ferai chevalier, et vous donnerez aussi terres et grand avoir, je vous le promets.

– Si j’avais été de votre côté et que j’aie changé de camp ensuite, c’eût été une bien vilaine trahison. Alors pourquoi serais-je déloyal envers mon Seigneur ? J’ai choisi mon camp au début, je dois y rester fidèle.»

Le siège de la ville continue. Les anglais amène une tour de bois près des remparts. Pendant la nuit, Du Guesclin et 500 arbalétriers sortent de la ville à la grande surprise des anglais et incendient la tour. C’est un échec pour les anglais.

Anecdote

Le duc de Lancastre choisit un autre stratagème. Le siège dure depuis longtemps. Il sait que la ville souffre de disette et que la viande manque. Il ordonne de lâcher un troupeau de porcs aux abords des fossés. Il est sûr que les villageois affamés ouvriront les portes et il investira alors les rues.

Mais le capitaine de la garnison devine le piège :

« – Laissez-moi faire, nous aurons les porcs des anglais sans courir ; »

Il ordonne d’amener et de suspendre par les pieds une truie à la porte de la ville. Le pont-levis est baissé. Attiré par les cris de la truie, le troupeau de porcs accourt sur le pont. La truie est détachée et rentre dans la ville suivie du troupeau. Le pont-levis est immédiatement refermé. Le tour est joué, le duc est berné et la ville pourra manger à sa faim. Fin de l’anecdote.

Le 23 mars 1357, une trêve est signée entre Édouard III et Charles de Blois. Elle prévoit l’arrêt des sièges. Le 28 avril, il envoie un ordre au Duc de Lancastre de lever celui de Rennes. Ce dernier prétend n’avoir rien reçu du roi. Voilà 9 mois que les anglais tentent d’assiéger la ville mais celle-ci résiste. Le 04 juillet, il réitère son ordre mais la garnison est tombée fin juin. L’ordre sera exécuté. Les clés de la ville seront remises au Duc qui les restituera aussitôt au capitaine de la ville. Le siège de Rennes est terminé. Les anglais sont repartis.

Les sièges de Dinan et de Rennes auront permis à Du Guesclin d’être reconnu comme un grand chevalier auprès de Charles de Blois. Le régent Charles a même été mis au courant de ses exploits.

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