LE ROI DE FRANCE EST FAIT PRISONNIER

LE ROI DE FRANCE EST FAIT PRISONNIER

L’étau se resserre de plus en plus. Quelques fidèles entourent le roi comme Geoffroy de Charny, le comte de Sancerre, Guillaume de Melun, archevêque de Sens, Arnaud de Cervole, l’Archiprêtre, Raoul de l’Isle, porteur du bouclier royal et quelques autres. Et puis, il y a Philippe, duc de Touraine, son fils. Il est très jeune. Sa vaillance lui vaudra le surnom de Philippe le Hardi.

Il prévient son père: « Gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche, sire mon père.» Le roi en a même perdu son casque. Il est balafré au visage à deux endroits.

Les rangs s’éclaircissent. Guillaume de Melun, le vicomte de Narbonne et le comte Dammartin sont faits prisonnier. Jean Rochechouard et Geffroy de Charny sont tués. La résistance du roi devient héroïquement stérile. L’issue n’a plus de doute. La guerre est perdue et il sera fait prisonnier.

Dans les rangs anglais, on lui crie : «  Rendez-vous ou vous êtes mort ». Le roi, cerné, accepte de se rendre. Il veut se rendre au Prince Noir ou à un de ses chevaliers mais pas à un simple soldat. Arrive Denis de Morbecque, un chevalier d’Artois passé au service du roi d’Angleterre. Il s’ensuit l’échange suivant:

« Sire, sire, rendez-vous.

– A qui me rendrais-je? Où est mon cousin le prince de Galles? C’est à lui que je veux parler.

– Sire ? Il n’est pas ici, mais rendez-vous à moi, et je vous conduirai jusqu’à lui.

– Qui êtes vous ?

– Sire ? Je suis Denis de Morbecque, chevalier d’Artois, depuis 5 ans au service du roi d’Angleterre, car j’ai du m’exiler du royaume.

– Je me rends à vous, Messire Denis. »

Mais les gascons ne l’entendent pas de cette oreille. Ils arrivent prés du roi. Ils veulent s’emparer de lui en écartant le chevalier. Jean tombe même à terre et s’exclame courroucé:

« Seigneurs, seigneurs, arrêtez de vous quereller pour ma capture. Je suis assez grand pour vous faire tous riches. Menez-moi plutôt courtoisement avec mon fils, à mon cousin le prince de Galles.»

Mais celui-ci combat, de l’autre côté, un des groupes de la bataille générale. Il est comme un lion furieux et cruel. Puis les français s’enfuient. Chandos, son fidèle ami, lui demande de se reposer. Il s’arrête et s’interroge sur le sort du roi de France. Ils le voient en mauvaise posture. Les gascons avancent en rang serré vers lui qui n’en peut plus. Le comte de Warwick voyant la scène, s’y précipite. Il le protège puis s’incline devant lui. Ensuite, il l’escorte jusqu’au prince de Galles.

Les deux hommes se donnent l’accolade. La bataille de Poitiers est finie. La France a perdu.

Le lendemain, Le prince Noir décide de pas s’éterniser plus longtemps dans cette région. Il veut rejoindre au plus vite possible Bordeaux. Il pense qu’il pourrait toujours avoir une autre armée française qui le poursuivrait. Ses soldats sont épuisés et diminués.

Pourtant, les survivants font la fête. Vainqueurs et vaincus se congratulent: « On s’est bien battu. C’était encore mieux qu’à Crécy.» Bref, tout le monde est content. Le prince, lui même est heureux. Il prend bien soin du roi et de son fils:

«Mangez, cher sire, mangez tout à loisir.

Le fils du roi de répondre: Je suis sûr que, Monseigneur, mon père vous traitera avec tout les honneurs qui vous est dû et vous prodiguera son affection.»

Le bilan

Maintenant, il faut comptabiliser les morts. Les anglais n’ont pas le temps de les enterrer. Les corps des grands seigneurs sont mis à disposition des religieux à Poitiers et «la merdaille» sera laissée sur place et enterrée par les villageois.

Côté français:

Les morts: 2500 dont un connétable, un maréchal, Pierre I° de Bourbon beau-père du futur roi de France Charles V, le porte étendard du roi Geoffroy de Charny et une bonne centaine de comtes et de ducs.

Les prisonniers: entre 2 500 et 3 000 dont le roi et son fils Philippe, le maréchal d’Audrehem, Jacques de Bourbon, frère du duc mort, Jean d’Artois, comte d’Eu, Guillaume de Melun, archevêque de Sens, 14 comtes, 21 barons et bannerets, 1 400 chevaliers et tous les membres de la Maison du roi y compris les secrétaires. En comptabilisant tout, la moitié de l’armée du roi a été anéantie.

Côté anglais:

Les morts: environ 2 500 mais aucun noble du premier rang.

Les prisonniers: une 1/2 douzaine de chevaliers dont Sir Maurice Berkeley.

Pour les prisonniers français, le marché des rançons est ouvert. Jamais une telle moisson n’a été récoltée en une seule bataille. Le prince de Galles rachète tous les personnages importants pour des sommes considérables environ 300 000 livres soit l’équivalent de 3 années de dépenses militaires d’Édouard III.

L’image du roi

Dans un premier temps, le roi est épargné par les critiques. Son image sort grandie de l’affaire. Il s’est bien battu avec courage. C’est un brave. Même le Prince de Galles dira de lui: « Le roi de France s’est conduit en héros comme un Alexandre ou un César. »

Mais, un peu plus tard, le ton de la critique change. La rumeur dit: « Le roi n’aurait pas du se trouver là. Il a mis en danger le royaume en emmenant ses 4 fils et a laissé la France sans souverain. A cause de son inconscience, nous allons payer cher sa libération et nous serons écrasés par les impôts. Le pays sera ruiné.»

Les rois qui se succéderont, auront compris la leçon : Ne jamais se mettre en avant dans une bataille. Charles V, le premier, s’en fera une règle. Et pourtant 150 ans plus tard, François I° l’oubliera. Il sera fait prisonnier à Pavie. Ses sujets en feront les frais.

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