La bataille navale de La Rochelle, le 22 juin 1372
Le contexte
En 1371, le prince de Galles et d’Aquitaine, atteint de la maladie qu’il avait contractée pendant sa campagne militaire en Espagne, ainsi que par le décès de son jeune fils, âgé de seulement six ans, partit pour l’Angleterre. À cette époque, le duché d’Aquitaine fut confié à Jean de Gand, troisième fils d’Édouard III. Au début de l’année 1372, Jean fut invité par son père à se rendre à Londres pour discuter des affaires nationales. Il quitta donc Bordeaux, laissant derrière lui le soin de gouverner à un certain Captal de Buch. Lors d’un grand conseil de guerre, le roi d’Angleterre décida que le duc de Lancastre et son frère, le comte de Cambridge, avec une grande armée, entreraient en France par le Nord, à partir de Calais. Il désigna Jean de Hastings, comte de Pembrocke, son gendre, pour rejoindre le Poitou afin d’aider les seigneurs qui manquaient d’argent et d’hommes face à l’avancée rapide des armées françaises commandées par les ducs d’Anjou et de Berry, et par le connétable de France, Bertrand du Guesclin. Charles V, grâce à ses espions, apprit que le comte de Pembrocke dirigeait cette flotte. Il décida alors de contrer l’invasion anglaise. Il contacta rapidement Henri II de Castille, son allié, pour qu’il prépare sa flotte militaire. Le roi ordonna aux capitaines espagnols de surveiller attentivement leurs adversaires. La marine castillane prit position devant La Rochelle, dans l’attente de l’arrivée des Anglais.
Localisation

Les forces en présence
Amies : Le royaume de France et de Castille avec 40 nefs et 13 barges
Ennemies : le royaume d’Angleterre avec 36 nefs et 14 navires de transport.
La bataille navale
À l’été 1371, le comte de Pembrocke
s’agenouilla devant le roi et lui dit :
— Majesté, je vous remercie infiniment pour l’honneur que vous me faites. Je serais heureux d’être l’un de vos petits maréchaux.
Au début de l’année 1372, le comte de Pembroke prit la décision de quitter l’Angleterre avec Guichard d’Angle, sénéchal de Saintonge et comte de Huntington. Ils firent voile depuis Southampton, mais des vents défavorables les forcèrent à faire escale au Havre. Leur voyage reprit le 16 juin, et ils purent enfin naviguer vers le Poitou.

Charles V, grâce à des informations obtenues par ses espions à Londres sur une imminente invasion anglaise du Poitou, demanda l’aide de son allié, Henri II de Castille. Il donna l’ordre de préparer quarante navires bien approvisionnés ainsi que treize bateaux espagnols, sous le commandement de brillants et courageux capitaines, tels qu’Ambrosio Boccanégra, Cabeza de Vaca et Ruis Diaz de la Roja. Après quelques jours de navigation, ils arrivèrent au port de La Rochelle, attendant l’arrivée des Anglais.
Après avoir traversé l’océan pendant six longs jours, les Anglais aperçurent enfin le port de La Rochelle. Malheureusement, ils furent accueillis par une flotte ennemie qui semblait bien décidée à les affronter. Les Anglais se préparèrent donc au combat, sous les ordres du comte de Pembrocke. Tandis que le guetteur du phare Saint-Jean-Baptiste surveillait l’horizon, il vit soudain des voiles approcher. Il cria aux Espagnols que ces voiles appartenaient aux Anglais.
Le comte de Pembrocke souhaitait accoster à La Rochelle. Il fut stupéfait de voir une flotte espagnole qui empêchait les navires d’entrer au port. Sans hésiter, il fit monter ses archers sur le devant de ses bateaux.
Les Espagnols, quant à eux, avaient soigneusement préparé leurs hommes, marins et mercenaires qui maniaient habilement leurs canons. Profitant du vent d’amont, ils fondirent droit sur les navires anglais. Le choc fut brutal : les galions espagnols, bien plus imposants, dominaient les bâtiments adverses. De plus, ils lancèrent toutes sortes de projectiles de lourdes barres de fer et des pierres massives, afin d’écraser les coques ennemies et de tuer un maximum d’archers.
Le comte de Pembrocke, accompagné des chevaliers d’Angleterre et du Poitou, combattait avec fierté et faisait preuve de grandes prouesses. Pourtant, dès le premier jour, deux barges anglaises furent perdues et tous leurs hommes passèrent au fil de l’épée par les Castillans. À la nuit tombée, la bataille cessa.
À La Rochelle, ce soir-là, le sénéchal Jean Harpenade et le maire de la ville, Jean Chauderon, haranguèrent la foule afin de porter secours aux Anglais. Mais les habitants refusèrent et leur répondirent :
— Si la bataille se livrait sur terre, nous irions volontiers. Or, elle se déroule en mer : nous ne sommes pas concernés.
Avec quelques volontaires, le sénéchal de La Rochelle monta dans les barques et rejoignit les nefs anglaises afin de combattre le lendemain matin. Ils informèrent le capitaine du refus des habitants. À la surprise du comte de Pembrocke, malgré le faible nombre d’hommes embarqués, il déclara :
— Ceux de La Rochelle refusent de nous secourir ? Eh bien, si je remporte la victoire, ils s’en repentiront.
Au lever du jour, les Castillans, aux sons des trompettes et des trompes, lancèrent l’assaut à pleine voile contre les Anglais. Mais cette fois, leur tactique était différente. Ils abordèrent les nefs anglaises, s’y accrochèrent à l’aide de chaînes, et donnèrent l’assaut : c’était l’abordage.

Les Anglais se défendaient vaillamment, mais ils étaient en sous-nombre ; dans le corps à corps, ils perdirent beaucoup d’hommes. Boccanégra donna alors l’ordre d’arraisonner le navire amiral anglais, à bord duquel se trouvait le comte. Quatre nefs espagnoles l’attaquèrent simultanément. La défense anglaise fut exemplaire, mais accablée par le nombre, le comte de Pembrocke dut se rendre. Autour de lui, ses vaillants chevaliers et les hommes de l’équipage gisaient à terre, morts ou mourants. Pire encore, la nef anglaise qui transportait l’argent destiné aux armées poitevines sombra en pleine mer.
Fait prisonnier, le comte fut emmené en Castille et mis à rançon. Guichard d’Angle, plusieurs barons et les quelques chevaliers survivants furent emprisonnés à La Rochelle, dans l’attente de l’arrivée des troupes françaises des ducs d’Anjou et de Berry. Le sénéchal de La Rochelle, ainsi que les quelques chevaliers et hommes d’armes partis combattre aux côtés des Anglais, trouva la mort durant les affrontements.
Quant aux Rochelais, ils étaient depuis longtemps partisans du royaume de France, mais se trouvaient contraints d’obéir aux Anglais depuis le désastreux traité de Brétigny, signé en 1360.
Les conséquences
Édouard III entra dans une violente colère : la nef qui transportait l’argent destiné à payer la solde des hommes engagés dans la poursuite de la guerre avait sombré. Plus grave encore, l’Angleterre perdit, lors de cette bataille, sa supériorité navale. Contraints de renoncer à leur alliance avec les Portugais contre les Castillans, les Anglais se retrouvèrent rapidement en difficulté sur le continent, faute de ravitaillement et de renforts.
La France, bien qu’elle n’eût pas participé directement à l’affrontement, prit sa revanche sur la défaite de l’Écluse de 1340. Profitant de l’affaiblissement anglais, les Français reprirent progressivement le contrôle des terres cédées par Jean II lors du traité de Brétigny de 1360.
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Source: Froissart – Page 178 Jean Froissart, Jean Yanoski · 1886