La siège d’Orléans
Le siège d’Orléans 1428-1429 en plusieurs parties
Partie 1
L’entrevue de la discorde
À Paris, comme à Londres, on apprit la retraite du comte de Warwick
. La campagne de la Loire fut un échec cuisant pour les Anglais. À Paris, le duc de Bedford était furieux et ne pouvait pas se rendre en France pour tout superviser. Il passait ses nuits en veille et ses journées au travail. Il songeait :

— Ce jeune Valois paresseux, qui ne s’intéresse qu’aux fêtes et se proclame roi de Bourges, m’empêche de conquérir l’ensemble de la France. Cela ne peut plus continuer ! Je suis le souverain de France et d’Angleterre. Je commande ! Avec un peu plus d’efforts, je serai bientôt maître de tout le pays.

Philippe III de Bourgogne suggéra alors de se rencontrer à l’hôtel Bourgogne pour discuter avec Jean de Lancastre, le duc de Bedford, de la situation des Orléanais. Il accepta.

Le duc se dirigeait lentement vers la salle du conseil en traversant les corridors. Il tenait à la main une lettre de sa sœur, mariée à l’Anglais. Il l’avait lue avant de quitter sa chambre. Elle déclarait : « J’ai entendu Jean de Lancastre, qui voulait assiéger Orléans. Je m’y refuse. J’ai promis ma protection à leurs députés. C’est ma parole, mais aussi la tienne comme mon frère. Tu dois le dissuader. Il est également tenu de restituer la liberté à notre cousin Charles d’Orléans une fois que sa rançon aura été réglée, et de te confier aujourd’hui ses terres. Si Bedford est mécontent, défends cette cause et venge-toi ! Ta sœur, Anne »
Philippe attendait dans la pièce, regardant par les fenêtres les jardins avec appréhension. Il s’inquiétait de la teneur de la conversation avec son beau-frère, qui venait d’entrer. Les premiers instants furent empreints de formalité, comme lorsque deux hauts dignitaires se rencontrent.
Finalement, ils prirent place autour de la table, entourés de leurs conseillers respectifs. Philippe remit à Bedford la lettre de sa sœur. Ce dernier la lut avec attention, et son visage prit une teinte différente. L’irritation était perceptible sur ses traits.
Philippe le Bon déclara alors :
— Il serait opportun que nous discutions des dispositions que vous comptez prendre envers ces malheureux Orléanais, étant donné que j’ai entendu dire que vous songez à leur imposer un siège.
Lancastre parut irrité quand il entendit l’expression « malheureux ».
— Monseigneur, fit remarquer Bedford, sur le point de craquer, je suis toujours disposé à vous satisfaire, mais…
Philippe interrompit Bedford, car sa demande l’exaspérait.
— C’est vraiment ce que je souhaite, répondit-il. Je pense que nous devrions accueillir avec bienveillance leur soumission et leur appliquer le traitement approprié.
Bedford, cette fois, fut pris d’une colère soudaine.
— Quoi ! s’écria-t-il. Vous pensez que nous, les Anglais, victorieux, devrions traiter avec les vaincus de cette manière. Il n’en est pas question.
Philippe, en fin diplomate, répondit pour calmer l’atmosphère délétère.
— Mais, sire ! Ne devriez-vous pas vous rappeler que vous êtes non seulement roi d’Angleterre, mais aussi roi de France ?
À ces mots, l’orgueil anglais réémergea. Il crut que le duc de Bourgogne cherchait à ternir la couronne d’Angleterre. Il ressentit une vive émotion, vexé, il lui répondit sèchement :
— Je réponds de la même façon pour l’Angleterre et la France : qu’Orléans ouvre ses portes à nos armées, sans condition, et ma clémence s’exécutera.
Un long moment de silence, suivi d’une réplique.
« Je comprends la difficulté de votre choix, mais je ne peux pas l’accepter, déclara le duc de Bourgogne, les yeux embués par la colère. Les Orléanais restent fidèles à leur véritable seigneur, comme l’a promis ma sœur, votre épouse. Nous ne pouvons pas tolérer cette trahison. » Je ne peux être que l’intermédiaire entre vous.
Le duc de Bedford fut soudain pris de stupeur et de colère, mais il parvint à retenir ses exclamations de rage envers le duc de Bourgogne. Frappé par l’injustice, il s’écria finalement d’une voix empreinte de fierté guerrière :
— Pensez-vous que, après nous être imposés dans chaque bataille durant cent ans, nous allons manifester de la compassion envers les Français ? Vous vous trompez, monseigneur…
Cette fois, Philippe en avait trop entendu les propos de l’Anglais.
— À votre guise ! répondit-il calmement, mais durement. Voici mes conditions, car je ne saurai accepter les vôtres. L’Angleterre délivrera mon cousin, Charles d’Orléans, après versement de sa rançon. En ce qui concerne ses terres, villes et forteresses du duché, elles seront confiées à ma garde.
Bedford s’aperçut trop tard qu’il était allé trop loin, et que le roi Henri V, en mourant, lui avait demandé de garder la Bourgogne comme un précieux allié. Il décida de tromper le duc pour préserver sa réputation :
— Monseigneur, je suis désolé de ne pas pouvoir satisfaire votre requête. Le roi Henri V m’avait demandé de refuser la libération des prisonniers français d’Azincourt tant que son fils ne serait pas en mesure de régner.
— Par conséquent, Charles Ier d’Orléans
restera enfermé dans votre geôle pour toujours, s’exclama le duc Philippe. Cependant, vous n’avez rien à craindre d’une poignée d’hommes de guerre aujourd’hui.
— Effectivement, mais la prudence est essentielle pour assurer le succès, répliqua Bedford, profondément affecté. Nous l’avons appris à nos dépens à Azincourt et à Poitiers. Ce roi de Bourges, manifestement incompétent, peut sembler faible, mais il est entouré d’hommes de guerre talentueux. Par conséquent, je suis méfiant à leur égard, car leurs effectifs sont nettement supérieurs à ce que je croyais.
— Dans ce cas, répliqua le duc de Bourgogne, nous ne pouvons rien dire de plus. Allez assiéger la ville d’Orléans. Toutefois, ce sera sans le concours de vos alliés burgondes. Dès que je le saurai, je donnerai l’ordre à mes troupes de quitter immédiatement le siège.
Philippe III se leva et quitta la pièce, laissant derrière lui Bedford et ses conseillers. Abasourdi, il s’appuya sur la table et se perdit dans ses pensées pendant un long moment. Enfin, il releva la tête et adressa, avec fierté, mais aussi avec une pointe d’amertume, un message à ses conseillers :
— En épousant la sœur du duc de Bourgogne, je pensais nous garantir un bon allié, mais j’ai mal jugé la situation. La faute en revient à moi. Malgré cela, je persiste dans mon projet d’invasion. Nous investirons Orléans. Je suis convaincu que le Parlement de Londres me fournira les ressources financières et humaines nécessaires, car il ne peut se permettre de me les refuser.
Le Parlement anglais vota les finances nécessaires pour relancer la campagne en France. Thomas Montaigu, comte de Salisbury,
fut nommé pour diriger cette armée. Il arriva à Rouen avec six mille Anglais, et ses effectifs augmentèrent. Après avoir embauché des Picards et de « faux Français » sur son chemin, les villes de Nogent-le-Roi, Rambouillet, Meung et d’autres bourgades lui ont ouvert leurs portes sans résistance. La garnison française de Beaugency se retira. La ville de Jargeau résista pendant trois jours avant de se rendre. Il manquait, à Salisbury, la ville d’Orléans. Si cette ville venait à tomber, le reste du royaume de France s’effondrerait avec elle.