Le siège de Saint-Jean-d’Angély, de mars à août 1351

Le siège de Saint-Jean-d’Angély, de mars à août 1351

( image: le roi Jean II entrant dans la ville)

Le contexte

La trêve de Calais, conclue en 1347 entre la France et l’Angleterre après la chute de la ville, permit aux deux royaumes de concentrer leurs efforts sur un ennemi bien plus implacable : la peste noire, qui ravageait l’Europe. Pourtant, malgré la suspension officielle des combats, des escarmouches sporadiques continuèrent d’opposer les partisans des deux couronnes, notamment dans les territoires disputés du sud-ouest.

En 1351, la trêve fut rompue lorsque les hostilités reprirent en Guyenne. Saint-Jean-d’Angély, petite mais stratégique cité du littoral saintongeais, alors sous domination anglaise, se retrouva brusquement au cœur de ces affrontements renouvelés. Sa position, entre l’Aunis, la Saintonge et les voies menant à Bordeaux, en fit un enjeu symbolique et territorial majeur dans la lutte d’influence entre les deux royaumes.

La localisation

Les forces en présence

Amies : le royaume de France avec une puissante armée.

Ennemies : le royaume d’Angleterre avec 500 lances, 1 500 archers et 3 000 mercenaires.

Les pertes

Amies : aucune, mais de nombreux prisonniers dont le maréchal de France, Guy de Nesle

Ennemies : aucune.

Le siège

Les barons et chevaliers de Saintonge, du Poitou et du Maine se rangèrent autour du roi Jean II, venu établir le siège de Saint-Jean-d’Angély. Le roi voulait verrouiller complètement la cité : nul ravitaillement ne devait plus y pénétrer. Pressés par la faim et la crainte, les bourgeois décidèrent d’appeler à l’aide le roi d’Angleterre ; ils dépêchèrent des messagers jusqu’au château de Windsor.

Lorsque les lettres furent lues devant Édouard III, celui-ci déclara :

« C’est une requête raisonnable, et je ne puis l’ignorer. J’en prends bonne note. »

Il ordonna aussitôt que quarante chevaliers — parmi lesquels le seigneur de Beauchamp, le comte de Warwick et ses fils, John Chandos, James Audley, et plusieurs autres — se rendent à Bordeaux pour convaincre le seigneur d’Albret, capitaine de la garnison, de lever une armée destinée à secourir la ville assiégée.

Après quelques jours de marche, l’armée anglaise fit halte près de la Charente. Informé de l’approche de l’ennemi, Jean II ordonna que l’on garde solidement le pont qui franchissait la rivière, passage obligé. Il y envoya cinq cents lances sous le commandement de Guy de Nesle , seigneur d’Offémont et maréchal de France, accompagnées des sires de Pons, de Parthenay, de Surgères et de nombreux autres barons.

Les Anglais, constatant qu’ils ne pourraient forcer le passage, reculèrent pour mettre en sûreté leur convoi avant d’attaquer. Les Français, croyant à la fuite de leurs adversaires, se réjouirent d’avoir enfin l’occasion d’en découdre : ils traversèrent le pont à leur tour. Voyant arriver un groupe de cavaliers français, les Anglais firent volte-face. Le choc fut violent. Des deux côtés, des hommes furent jetés à terre. Les Français prirent d’abord l’avantage, mais des renforts anglais surgirent et renversèrent la situation. La déroute française fut complète : soixante barons et chevaliers furent pris et mis à rançon. L’armée anglaise rentra ensuite à Bordeaux.

À Saint-Jean-d’Angély, la nouvelle de la défaite anglaise décida les bourgeois à parlementer. Ils proposèrent de livrer la ville si, dans les quinze jours, aucun secours ne se présentait. Comme nul renfort n’arriva, les portes s’ouvrirent : Jean II entra dans la cité le 7 août 1351.

Les conséquences

Les historiens se sont longtemps interrogés : « Quel intérêt le roi Jean pouvait-il trouver à assiéger une petite ville dépourvue d’importance militaire majeure ? »

Si Saint-Jean-d’Angély n’était pas une forteresse décisive sur le plan stratégique, sa valeur résidait ailleurs. Dominée par les Anglais depuis plusieurs décennies, la ville symbolisait la présence du roi d’Angleterre en Saintonge. En s’en emparant, Jean II visait avant tout à marquer son autorité, à rappeler que la région relevait historiquement de la couronne de France et à rendre confiance à la noblesse locale, souvent hésitante entre fidélité et pragmatisme.

L’opération avait également un objectif politique : montrer que la monarchie française, affaiblie par les crises internes et par les ravages de la peste, demeurait capable d’initiatives offensives. Enfin, en prenant une cité placée sur l’une des routes reliant l’Aunis à la Guyenne anglaise, Jean II cherchait à désorganiser l’arrière-pays ennemi et à couper ses voies de soutien.

Ainsi, l’enjeu du siège n’était pas tant militaire que symbolique, territorial et psychologique : une manière pour le roi de réaffirmer sa présence, de consolider son prestige et de préparer la reconquête de la Guyenne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *