1373, BERTRAND DU GUESCLIN A LA RECONQUÊTE DE LA BRETAGNE

1373, BERTRAND DU GUESCLIN A LA RECONQUÊTE DE LA BRETAGNE

Jean IV, duc de Bretagne et comte de Richmond, est redevable de la possession de son duché au roi d’Angleterre. Il a sa cour un grand nombre de seigneurs anglais qui pour la plupart lui ont permis de garder son trône. Le danger immédiat pour les Anglais, c’est de perdre la Guyenne. En effet, le Poitou est maintenant sous l’autorité du roi de France et une partie de Gascogne est placée sous celle du duc d’Anjou. La Bretagne doit impérativement rester anglaise. Si s’avérerait qu’elle tombe dans les mains des Français, il est certain que les Penthièvre reviendraient sur le trône.

Le duc de Bretagne a un dilemme. Les Français sont de plus en plus forts. A contrario, les Anglais s’affaiblissent. Il s’effraie. Il devrait prêté hommage lige à Charles V mais, s’il se met au service des Anglais, il ne lui pardonnera. Il le traitera de félon et de traître. Il pourrait même lui confisquer la Bretagne. Il prend sa décision qui lui coûtera cher. Il ose se déclarer ouvertement en faveur d’Édouard III. Aussitôt, des troupes anglaises prennent la mer pour rejoindre la Bretagne. Elles s’installent dans les places fortes comme Morlaix, Quimper et Brest. Charles V en informe la noblesse bretonne qui s’indigne. Le roi convoque le duc de Bretagne pour qu’il s’explique sur sa conduite contre le royaume de France. Il lui envoie des ambassadeurs. Le duc leur parle ainsi:

« – Dites au roi de France que le traité de Brétigny m’empêche de m’armer contre le roi d’Angleterre. Je m’en excuse. » C’en est trop pour Charles V.

La noblesse bretonne forme une ligue contre leur souverain avec à leur tête les seigneurs de Laval et de Rohan. Le peuple, frappé par de nouveaux impôts, se rallie à leur cause. Le comte de Laval va à Rennes, le seigneur de Quitté à Dinan et le vicomte de Rohan à Vannes. Tous trois s’assurent du soutien des seigneurs Anglo-Bretons. Ils les informent de la conduite de Jean IV. Ensemble, ils mènent les sièges devant Kergoüet, Carhaix, Châteaublanc et Châteaulin.

Depuis un certain temps, les habitants se plaignent des violences et des outrages de leurs occupants. Mais, l’armée bretonne n’est pas assez puissante face à l’armée anglaise de Robert Knolles. Ils craignent une offensive. Ils en appellent le roi de France. Ils le supplient de leur envoyer des renforts avec Bertrand du Guesclin, connétable de France.

Charles V attendait depuis longtemps cette occasion pour envahir la Bretagne. Mais le connétable, un Breton, voudrait-il prendre les armes une fois de plus contre des Bretons ? Il connaît bien sa fierté de ses origines et l’amour qu’il porte pour son pays. Mais il sait aussi qu’il saura faire la différence entre combattre pour sa patrie et contre les ennemis de la Bretagne. Il accepte de suite cette nouvelle mission: libérer ses amis de l’oppresseur anglais et des seigneurs bretons acquis à leur cause.

Il part en Bretagne avec 4 000 hommes d’armes et 12 000 cavaliers. Les ennemis, voyant cette forte armée arriver sur eux, commencent à avoir peur. Le seul nom de Du Guesclin porte l’effroi dans leurs rangs. Il entre par Pontorson, sa ville garnison dont il est le seigneur. Il est accompagné du duc de Bourbon, des comtes d’Alençon et de Soissons, du maréchal de Sancerre, du dauphin d’Auvergne et d’autres grands seigneurs. Il est rejoint par ses amis bretons le vicomte de Rohan, le sire Jean II de Rieux, les seigneurs Jean V de Beaumanoir et de Beaumont.

Bertrand Du Guesclin s’empare de Fougères, de Bazouges et de Saint-Aubin-du-Cormier. Il bivouaque aux portes de Rennes. Le comte de Laval le reçoit. Le lendemain, il marche vers l’ouest droit vers Gaël. Le prieuré considérable et bien fortifié appartient aux Montfort. Il s’en empare et en fait sa garnison.

Le duc de Bretagne se sent en danger. Il rassemble une armée de 7 000 Anglo-Bretons pour soutenir la guerre contre Bertrand du Guesclin. Son entourage préfère la paix. Mais Jean IV est obnubilé par le retour de Jeanne de Penthièvre, sa concurrente au trône des ducs de Bretagne. Il sait qu’elle ne lui fera aucun cadeau et n’aura aucune pitié pour lui et ses fidèles sujets. Ces derniers demandent à Bertrand du Guesclin de cesser temporairement son avance en attendant de ramener leur souverain aux désirs du roi de France. Il décide de patienter quelques jours.

Pendant que les pourparlers traînent en longueur, une armée anglaise de 4 000 hommes d’armes et 4 000 archers débarque à Saint-Malo sous les ordres du Seigneur de Neuville. La nouvelle se répand dans toute la Bretagne: «Le duc a demandé de l’aide des Anglais». La haine s’installe entre le peuple breton et leur monarque. Mais le duc fait deux fautes encore plus graves qui les amèneront à se rebeller.

  • Premièrement, il ôte, de toutes les forteresses tenues par les chefs bretons et y placent des commandants anglais.

  • Deuxièmement, il impose à tout son duché une levée de deniers exorbitante.

Maintenant, la révolte est en marche. On assomme les commis chargés de la levée de la surtaxe. En représailles, le duc arrête les auteurs. Ils sont enfermés dans des sacs et sont jetés dans les rivières. Les seigneurs bretons irrités de cette violence envers leurs sujets se vengent. Ils s’en prennent aux Anglais et les massacrent. En représailles, les Anglais, de leur côté, en font autant. C’est la guerre civile en Bretagne.

Craignant pour sa personne, le duc s’enfuit. À Auray, il laisse sa femme Jeanne Holland, arrière petite-fille d’Édouard Ier d’Angleterre par sa mère, sous la protection de Jean Augustin, un Anglais. Il nomme Robert Knolles, lieutenant général du duché. Puis, il embarque de Concarneau pour se réfugier en Angleterre.

William Montagu, comte de Salisbury

En urgence, Édouard III envoie des renforts. Partis de Londres, sous les ordres du comte de Salisbury, ils passent à Saint-Malo. Ils brûlent sept vaisseaux espagnols, puis, ils débarquent à Brest. Le comte de Salisbury y apprend que la révolte générale contre le duc de Bretagne est en marche. Il ne se risque pas à une défaite et reprend la mer pour l’Angleterre.

Profitant de l’absence du duc, Bertrand du Guesclin décide d’envahir la Bretagne. Il passe à Rennes et se dirige vers Dinan qui lui ouvre les portes. Il saisit le château de Solidor, à Saint-Malo. Il renforce les places de Ploërmel, Jugon, Vannes et le château de Suscinio en dessous de vannes.

À ma prochaine publication, je vous parlerais de la fin de la reconquête de la Bretagne par Bertrand du Guesclin et de l’isolement des Anglais dans Brest.

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