1381, LA BRETAGNE RESTERA INDÉPENDANTE

1381, LA BRETAGNE RESTERA INDÉPENDANTE

                                      

Nous sommes en 1378. Charles V est heureux, les fiefs normands de la Navarre sont annexés au royaume de France, par la force. Il reste à faire de même avec le dernier duché indépendant : la Bretagne. Depuis l’exil forcé de Jean IV de Bretagne, duc de Bretagne, Charles V doit faire un choix, la restitution de la couronne ducale à Jeanne de Penthièvre ou la réunion du duché au royaume de France. Ébloui par ses succès tant militaires que diplomatiques, le roi de France se fourvoie. La Bretagne n’est pas la Navarre. Sans en informer la noblesse bretonne au service du roi, il décide d’intégrer le duché au royaume de France.

Le 20 juin 1378, le roi de France envoie une convocation à Jean III de Montfort. Il l’ordonne de venir s’expliquer sur les relations ambiguës avec l’Angleterre contre la France. Le duc ne se présentera pas au palais à Paris.

Le 9 décembre de la même année, après un ajournement, il le convoque de nouveau. Le roi, ses frères et la chambre des Pairs sont présents. Le duc est encore absent. La cour de Justice décide, malgré l’opposition de la comtesse de Penthièvre, de la confiscation de tous les biens, les droits et les seigneuries de Jean III de Montfort.

Le 18 décembre 1378, la Bretagne est déclarée réunie au royaume de France.

Le roi ne s’attend pas à une fervente opposition. Pourtant, les Bretons se regardent plus que jamais comme un peuple indépendant. Un cri d’indignation s’élève de Nantes à Quimper. Les forts se renforcent avec des canons et de la poudre. Les plus indigents vendent leurs vaches pour un destrier et s’arment. Tous décident de la résistance.

Les rumeurs de rébellion arrivent aux oreilles du roi. Le duc de Bourbon est envoyé pour prendre le duché. Aussitôt l’arrêt prononcé d’annexion, Charles V demande aux seigneurs de Clisson, de Rohan, de Malestroit, de Lohéac, bien d’autres ainsi qu’à son connétable, Bertrand du Guesclin de jurer fidélité au royaume de France et de rendre villes et forteresses au duc de Bourbon. Ils obéissent avec amertume et tristesse. Pendant que les chefs discutent avec le roi, quarante autres barons, chevaliers et écuyers signent un acte d’association pour la défense de l’indépendance en avril 1379. Jean V de Beaumanoir est élu chef des confédérés.

Le 4 mai 1379, Beaumanoir écrit à Jean III de Montfort, exilé en Angleterre. Il lui demande de revenir en Bretagne. Celui-ci débarque à Saint-Malo où il est grandement accueilli. Il prend la tête de l’armée des confédérés. Les chefs bretons au service du roi de France démissionnent. Même la comtesse de Penthièvre, pourtant l’ennemie juré des Montfort pendant la guerre de succession des ducs de Bretagne, accorde son alliance à Jean III.

                      

Bertrand du Guesclin à Rennes et Olivier de Clisson à Nantes n’arrivent à soumettre ces villes à l’autorité du roi. Le duc d’Anjou, missionné par son frère, lève une armée à Angers contre la Bretagne. Les volontaires ne s’y bousculent pas. L’élite de l’ost royal en majorité bretonne se trouve maintenant dans l’adversité. Malgré une trêve de quelques semaines avant un conflit, le roi de France s’obstine. Bertrand du Guesclin, connétable de France, aigri par cette position difficile, intervient.

Sire, je suis et resterai toujours à votre service. Mais, je vous prie de m’écouter. Faites la paix avec la Bretagne et ses Bretons qui vous sont fidèles.

Bertrand ! mon ami, malgré votre fidélité indéfectible pour votre roi, je vous soupçonne de me desservir au profit de ce petit seigneur qui se fait appeler duc de Bretagne.

Ah ! mon roi, dit-il rouge de colère, puisque vous ne me faites pas confiance, je vous rends mon épée de connétable. Je me retire dans mes terres normandes et vous n’entendrez plus jamais parler de moi.

Charles V sent que tout lui échappe. Il dépêche son frère, Louis I° d’Anjou, et le duc de Bourbon auprès de son connétable pour l’enjoindre de revenir à son service. Après moult tergiversations, Bertrand du Guesclin décide de reprendre son épée. Malgré la réconciliation avec son roi, la confiance n’y est plus. Il pense de plus en plus à retourner en Espagne sur ses terres de Molina. Ses alliés fidèles sont devenus ses ennemis. Malgré tous ces atermoiements, le roi pense toujours à la conquête de la Bretagne.

Un évènement qui aurait pu être fâcheux est arrêté de justesse. En effet, Jean III de Montfort veut récupérer sa place de duc de Bretagne, mais le roi de France s’y oppose. Il envoie des messagers au roi d’Angleterre pour lui venir en aide. Les barons bretons qui étaient auparavant fidèles au roi lui écrivent : « Sire, nous vous prions de rendre ses bonnes grâces au duc. Nous vous demandons de ratifier le rétablissement de Jean III de Montfort sur le siège ducal. Sachez, majesté que nous désirons rester fidèle à la couronne de France » ( le 18 avril 1380 ). Le roi attend de pied ferme, les Anglais. Ils ne viendront pas par la mer, car ils sont bloqués en Irlande à cause d’une forte tempête sur la Manche.

Charles V ne veut plus envoyer Bertrand du Guesclin combattre en Bretagne, il préfère le faire guerroyer dans le sud de la France où il mourra.

D’autres forces anglaises, commandées par le duc de Buckingham, débarquent dans le Nord comme l’avaient fait leurs prédécesseurs. Après être passés devant Reims, Troyes, sous Paris et par la Beauce , sans combattre contre les Français, les Anglais entrent en Bretagne par la Sarthe. Il n’y aura pas de bataille, car un grand et funeste évènement désorganise l’armée. Le roi de France, Charles V, meurt le 16 septembre 1380.

Les Pairs de France, inquiets de la présence anglaise en Bretagne, accordent le pardon au duc et lui permettent conserver son héritage. Les députés de Charles VI, trop jeune pour gouverner, signent un second traité de Guérande du 15 janvier 1381 et ratifié le 4 avril qui officialise Jean III de Montfort, duc de Bretagne, contre un hommage lige au roi de France, le versement d’une indemnité, le renvoi des conseillers anglais et la complète neutralité de la Bretagne.

Sources : Histoire de France par Henri Martin . 1855

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