LE SIÈGE DE CAEN EN 1346

LE SIÈGE DE CAEN EN 1346

Parlons aujourd’hui du siège de Caen en 1346, parlons de l’héroïsme de ses habitants jusqu’à la mort.

Le 13 juillet 1346, Édouard III débarqua avec son fils, le prince de Galles, à peine âgé de seize ans, à Saint-Vaast-la-Hougue dans le Cotentin. Pour le prince, c’est sa première expédition hors d’Angleterre. Cette armée était composée de sept comtes, trente-cinq barons, mille chevaliers, quatre mille hommes d’armes, dix mille archers anglais et dix-huit mille piétons irlandais et gallois.

Le roi d’Angleterre devait débarquer en Guyenne pour contrer l’ost royal de Philippe VI de Valois, roi de France, descendu avec cent mille hommes combattre les Anglais. Mais, les vents furent contraires et poussèrent sa flotte vers la Normandie. Geoffroy d’Harcourt, vicomte de Saint-Sauveur1, exilé de France par Philippe VI, lui conseilla de débarquer dans le Cotentin où il avait ses fiefs. En touchant le sol normand, le roi d’Angleterre tomba à genoux comme César en Afrique et Guillaume le Conquérant en Angleterre. Ses chevaliers lui dirent.

Sire ! remontez dans votre nef, ne restez point à terre, ceci est un signe contre vous.

Au contraire, dit-il, c’est un excellent signe, cette terre me désire.

Aussitôt, il arma le prince de Galles, chevalier; Il nomma le comte d’Arundel2, connétable d’Angleterre et maréchaux, Geoffroy d’Harcourt et le comte de Warwick3.

                                         Le comte Arundel           Geoffroy d’Harcourt      Le comte de Warwick

Il décida de parcourir le Cotentin. Il divisa son armée en trois corps pour couvrir toute sa largeur avec à sa gauche, le maréchal d’Harcourt, à sa droite, le maréchal de Warwick et lui au milieu, avec son fils et le connétable. Le comte Huntington, avec son armada de nefs, suivait l’armée en longeant les côtes. Le pays fut ravagé et brûlé. Toutes les richesses furent embarquées dans les nefs anglaises. Cherbourg, Valognes et Carentan, n’offrant aucune résistance, tombèrent. En effet, la Normandie était un pays bien gras, les granges étaient pleines de blé et d’avoine pour nourrir son armée et les maisons des bourgeois, pleines de richesse.

Geoffroy d’Harcourt en avant-garde, connaissant parfaitement la région, ouvrit le chemin au roi d’Angleterre. Il dévastèrent Saint-Lô avec leurs manufactures de riches draps. Enfin, les Anglais arrivèrent devant Caen.

Philippe VI, mis au courant que les Anglais avaient débarqué au nord du Cotentin et maintenant, se trouvaient non loin de Caen, envoya une armée pour les empêcher de prendre la ville de Caen. Le comte d’Eu4, connétable de France et le comte Jean II de Melun, comte de Tancarville5, assiégeant le fort de l’Aiguillon en Guyenne, furent rappelés en urgence pour renforcer la garnison de Caen. Avec quelques centaines d’hommes, ils rejoignirent la forteresse de la ville commandée par Guillaume Bertrand, évêque de Lisieux. Les bourgeois s’y étaient réfugiés avec trois cents Génois de la garnison commandés par le seigneur de Wargny.

La flotte anglaise quant à elle, remontait l’embouchure de l’Orne, fleuve côtier traversant Caen. Aucune résistance ne leur était opposée. Le comte d’Eu préférait défendre le pont sur l’Orne, le château et le corps de la ville et abandonner les faubourgs. Les bourgeois se sentaient assez forts pour s’opposer aux Anglais dans la plaine près de Caen. Ils étaient en ordre de bataille lorsqu’ils virent toutes les bannières déployées. Ils entendirent siffler les flèches et s’enfuirent vers la ville. Ils traversèrent l’Orne, car la marée était basse. Le connétable et le comte de Tancarville se réfugièrent sous une porte, à l’entrée du pont, avec quelques chevaliers. Du haut des créneaux, le connétable apercevait les Anglais massacrer les villageois des faubourgs. Trop tard pour entrer dans la forteresse, ils se rendirent tous à un Anglais Thomas Holland, un ancien ami de guerre du comte lors de leurs dernières expéditions en Prusse et en Espagne.

Les habitants de Caen, voyant que les Anglais n’avaient aucune pitié pour eux, se barricadèrent et commencèrent à se défendre. Ils lancèrent par les fenêtres leurs meubles, des briques et des pierres. Les Anglais, pour se venger, forçaient les portes, volaient tout dans les maisons, massacraient hommes et enfants sans distinction âge et violaient, avant de les tuer, les femmes. À chaque maison, les habitants résistaient et les tueries recommençaient.

Plus de cinq cents Anglais périrent dans ces combats de rue. Édouard III, furieux de la perte de ses hommes, ordonna de passer au fil de l’épée tous les survivants et de brûler la ville. Geoffroy d’Harcourt qui avait guidé les Anglais vers Caen eut des remords en voyant ce massacre. Il interpella le roi d’Angleterre.

Sire, je pense qu’il faudrait ménager vos hommes, car nous avons encore une longue route à faire jusqu’à Calais. Nous pourrions tomber sur une forte armée de Philippe VI. Nous avons déjà perdu assez de bons et adroits archers. Je m’occuperais de faire payer, cher, ces bourgeois de leur résistance.

Bien, maréchal, votre conseil est bon. Faites cesser la tuerie. Occupez-vous de faire taire ces insurgés.

Geoffroy d’Harcourt passa dans toutes les rues. Il interpella chaque habitant et leur dit.

Nul ne passera à la hart s’il cesse immédiatement sa résistance. Il n’y aura pas de pendaison, de viol des femmes si vous respectez ce que je dis.

Nous vous faisons confiance.

Les bourgeois cessèrent les combats et ouvrirent leurs portes. Alors, commença un pillage dans les règles pendant trois jours. Édouard III se réserva les bijoux, la vaisselle d’argent, les soies, les toiles et les draps. Il acheta pour vingt mille nobles le connétable et le comte de Tancarville à Thomas Holland. Ces prisonniers de haut rang ainsi que les chevaliers, les bourgeois et les dépouilles les plus précieuses furent emmenés à Londres pour être mis à rançon. Pendant ce temps, le roi d’Angleterre regroupait ses forces et se dirigeait vers la Seine pour la traverser et rejoindre Calais pour y mettre le siège.

Voilà le commencement de la chevauchée d’Édouard III en juillet 1346 qui se terminera par la prise de Calais le 3 août 1347 et bien sûr, la bataille de Crécy, le 26 août 1346, où les Français de Philippe VI de Valois furent sévèrement défaits.

Source : France historique et monumentale, livre 1 chapitre 3, pages 44 à 46

1 Surnom le « chevalier boiteux » est armé chevalier en 1326, il commence la guerre de Cent Ans au service du roi de France, Philippe de Valois, lors des guerres de Flandres (1339), et participe à l’organisation d’une invasion avortée de l’Angleterre depuis le Cotentin. Mais, à la suite d’une tentative échouée de mariage avec une riche héritière du Bessin, Jeanne Bacon du Molay, il affronte la famille des Bertrand de Bricquebec ce qui le contraint à l’exil en 1343. Il met alors son épée au service du roi d’Angleterre, Henri III, prétendant au trône de France. Il prend le parti des Navarrais, trempe en 1354 dans l’assassinat du Connétable de France, La Cerda à L’Aigle (Orne), et refuse de faire hommage au dauphin Charles. En 1356, pour la seconde fois, il est banni du royaume de France, mais il n’a pas le temps de s’exiler, il trouve la mort dans un engagement avec des troupes françaises dans les marais de Brévands. Philippe de Navarre fait transporter son corps en l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

2 Richard (II) FitzAlan, 3e comte d’Arundel et 8e comte de Surrey, est un baron anglais (1313 – 1376). Il est surnommé « Copped Hat » ( bicorne)

3 Thomas de Beauchamp (1314 – 1369), 11e comte de Warwick, est un important baron anglais du XIVe siècle.

4 Raoul II de Brienne, comte d’Eu et de Guînes, seigneur de Jarnac et de Châteauneuf, et de Jeanne de Mello. Le 19 novembre 1350, sur ordre du roi Jean II de France, il est décapité à Paris. Les causes de son exécution sont restées secrètes mais il semble qu’il ait été convaincu de haute trahison.

5 Jean II de Melun, vicomte de Melun, comte de Tancarville, (1325-1382), était un noble français influent sous les règnes de Jean II le Bon et de Charles V le Sage. Il est également connu pour avoir été maître des eaux et forêts de France. Charles V le nomme gouverneur de Champagne, de Bourgogne et de Languedoc.

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