BERTRAND DU GUESCLIN EN CHEF DE GUERRE 1370

BERTRAND DU GUESCLIN EN CHEF DE GUERRE 1370

Charles V a nommé du Guesclin, connétable de France autrement dit chef d’état-major des armées françaises, le 2 octobre 1370.

Les solennités se terminent. Bertrand préfère le bruit des armes à celui de la vaisselle. Son premier ordre est de renforcer la défense de Paris. Il laisse le commandement de la capitale à Louis de Sancerre, maréchal de France. Puis, il part en direction de Caen, ville où il a donné rendez-vous à ses compagnons de route. Il sait aussi que les Anglais sont installés dans le Maine après avoir échoué devant Paris peu avant sa nomination de connétable par le roi de France.

Arrivé sur place, il lance un recrutement de mille cinq cents hommes comme l’a ordonné le roi. Mais trois mille y répondent. Olivier de Clisson lui rappelle les paroles du roi :

– Seigneur, le roi vous autorise d’en lever mille cinq cents (six mille chevaux) dont la solde sera payée pour deux mois et non trois mille !

– Seigneur de Clisson ! je ne saurais refuser ces volontaires. Ne les contraignons pas à devenir des voleurs ! Ils me serviront à payer aux Anglais l’argent qu’il m’en coûte à les équiper ».

Il décide d’enrôler tous ceux qui se joignent à lui. Comme il n’a pas assez d’argent, il écrit à son épouse de venir avec tous ses bijoux, sa vaisselle en or et son argenterie. Il distribue tout à ses hommes comme acompte. Il leur promet de bien les payer quand les Anglais seront défaits.

La bataille de Pontvallain le 4 décembre 1370

Il part avec son armée en direction du Mans et campe non loin de la Flèche. Il sait que les Anglais se sont réfugiés dans le Maine et qu’ils stationnent maintenant à Vaas sur les bords du Loir. Il apprend par un messager du maire du Lude que Robert Knolles est parti prendre ses ordres auprès du Prince noir à Bordeaux. Il a laissé le commandement de son armée à son général, Thomas Grandson.

Thomas Grandson apprend que l’armée française n’est pas très loin de lui. Il réunit son conseil de guerre. Hugues Calveley, second de Bertrand du Guesclin en Castille en 1365, Guilbert Giffard, descendant d’un des principaux compagnons de Guillaume le Conquérant et quelques autres sont présents. Il leur demande :

«  – dois-je attendre du Guesclin de pied ferme ou de courir contre lui pour le combattre.

Après avoir fait le tour de la table, Hugues Calveley prend la parole :

 – Général, je connais bien Bertrand du Guesclin. J’ai combattu à ses côtés et je l’ai même fait prisonnier à Najéra en 1367. Pour moi, c’est le premier grand capitaine de son siècle. Je vous conseille de rassembler au plus vite vos troupes disséminées dans tous les villages des alentours et de les concentrer autour de vous. »

Il ordonne à Hugues Calveley et le capitaine Cressonval de regrouper l’armée à Pontvallain. Mais Grandson est un orgueilleux. Mettre à terre un connétable de France, et surtout battre Bertrand du Guesclin est une chance inespérée. Il envoie un héraut auprès de Bertrand pour lui signifier qu’il veut le combattre. Arrivé au campement français, Bertrand, en grande discussion avec le comte de St Pol, le maréchal d’Audrehem, Olivier de Clisson, Jean de Vienne et d’autres capitaines, reçoit le héraut. Celui-ci rapporte les paroles de son capitaine :

« – Sire, mon Maître, Thomas Grandson, vous demande une bataille à Pontvallain au jour et à l’heure qu’il vous plaira.

– Vous direz à votre Maître que jamais je ne mangerai, excepté la nuit, tant que je n’aurai pas vu les Anglais et leurs gens. Ils me verront bientôt, je le jure. »

Puis il dit à son frère :

– Olivier, le héraut est mon invité. Donne-lui à manger et à boire de mon bon vin.

Après s’être entretenu avec son frère, Olivier du Guesclin lui offre une bonne repue et le fait boire toute la nuit. Ivre, le héraut s’endort. Pendant ce temps, Bertrand prépare son armée afin de partir de nuit. Il ne veut pas que le héraut rapporte à son général ce qu’il a vu, car il n’y aurait plus l’effet de surprise. Il décide d’arriver à l’aube à Pontvallain et de prendre les Anglais au saut du lit. Il pleut à torrents lorsqu’il donne l’ordre de départ. Son armée est partagée en trois. Le maréchal d’Audrehem avec 800 hommes au centre et Olivier de Clisson avec les seigneurs de Rohan, de Vienne et de Tourmaline et bien d’autres en arrière-garde. Quant à Bertrand du Guesclin, il marche devant. Malgré des rumeurs de fatigue, personne ne rechigne aux ordres du connétable. Entouré de cinq cents hommes, Bertrand, avec le comte de Saint-Pol, son frère Olivier du Guesclin, les frères de Mauny et de Beaumont, avance sans s’arrêter face à un vent impétueux et froid avec une pluie battante. Jean de Beaumont, son capitaine, lui demande d’allumer des torches pour suivre le chemin. Bertrand refuse.

– Pas de lumière, sinon nous allons être repérés.

Tout le monde le suit, mais de loin. Cette marche nocturne, sous une pluie continuelle et une obscurité profonde, vient à bout d’une partie de son armée. Beaucoup d’hommes s’égarent et tombent. Les chevaux s’embourbent et sont épuisés. Malgré les ténèbres, la pluie, le vent , la grêle, les blasphèmes et les cris, on avance toujours. Le jour se lève. Bertrand arrive en vue du campement anglais. Il ordonne à tous ceux qui sont encore avec lui de se reposer une heure. Pour leur redonner du tonus, il leur promet de bons butins.

Maintenant, les Anglais ont fixé leur campement à Pontvallain et aux alentours. Le matin, sans crainte, on déjeune. On ne pense pas du tout que les Français sont proches.

Bertrand du Guesclin décide de combattre à pied, car les chevaux sont fatigués. Ayant interdit de sonner l’attaque, il charge aux cris de «  Montjoie ! Du Guesclin ! ». L’effet de surprise est d’abord à son avantage. À peine réveillés ou habillés, les Anglais sont terrassés; puis ces derniers se rangent autour de Grandson, prêts à combattre. Les Français enfoncent les rangs anglais, mais ils ne sont plus deux cents. En effet, le reste de son armée peine à arriver. Grandson appelle des renforts commandés par le lieutenant Orselay pour attaquer Bertrand par l’arrière. Il envoie aussi un messager pour appeler David Hollegrave avec ses cinq cents hommes. Du Guesclin, seul, est maintenant en fâcheuse posture.

Mais le reste de l’armée française arrive. Sans attendre, Arnoult d’Audrehem charge les renforts anglais. Il leur coupe la route. Les rangs ennemis rompent. Un à un, les capitaines anglais avec leurs soldats capitulent. Grandson se rue sur du Guesclin avec son épée pour le tuer. Bertrand s’écarte, l’empoigne et le jette à terre et lui dit :

« Capitaine, cessez de vous battre ou je vous transperce le corps avec ma dague. »

Grandson se rend. La bataille de Pontvallain est finie.

La victoire est due à l’intrépidité, au caractère entreprenant et à l’infatigable persévérance de son chef, Bertrand du Guesclin. Après une marche forcée des plus pénibles, une désorganisation de son armée, il n’a pas hésité avec son corps réduit à attaquer l’ennemi supérieur en nombre.

Le butin des Anglais est énorme. Tout est distribué à ses hommes jusqu’aux palefreniers.

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