Charles V, exercice du pouvoir 6° partie: 1374, année des réformes

Charles V, exercice du pouvoir 6° partie: 1374, année des réformes

L’armée du duc de Lancastre, venue en renfort en Guyenne, n’est plus l’ombre que d’elle-même. Elle ne peut pas enrayer la vague de reconquête des terres de Gascogne par Louis d’Anjou et Du Guesclin.

Le duc de Lancastre propose une trêve au roi de France par l’intermédiaire de Bertrand du Guesclin. Charles réunit son Conseil le 09 mars 1374. Celui-ci lui déconseille la trêve. Mais le roi, en fin diplomate, l’accepte. Elle sera conclue à Périgueux suite à l’insistance du pape Grégoire XI et surtout à la fatigue des belligérants.

En effet, l’année 1373 a été calamiteuse pour la France. Plusieurs provinces ont pâti des invasions anglaises. Des fléaux ont dévasté le pays comme les inondations de Paris du jamais vu depuis longtemps, les épidémies meurtrières dans le sud de la France et les récoltes, insuffisantes de l’été 1373, entraînent la hausse des prix. La disette dans le sud cause beaucoup de dégât dans la population.

Accueilli froidement par son père de retour en Angleterre en avril 1374, le duc de Lancastre est écarté du pouvoir pendant un certain temps. Édouard III est obligé d’accepter la conciliation du pape, Grégoire XI. Les négociateurs du roi d’Angleterre et du roi de France s’accordent pour l’établissement du trêve. Elle sera conclue entre les belligérants à Bruges le 27 juin 1375. Prévue pour durer un an, elle sera repoussée jusqu’à la mort de Charles V. La guerre reprendra de plus belle par la suite.

En attendant, après la trêve de 1374, Charles V doit se débarrasser des dernières compagnies de mercenaires qu’il a enrôlées contre le duc de Lancastre. Une occasion se présente à lui. Sire Enguerrand VII de Coucy a des prétentions à la succession du duché d’Autriche, du chef de sa mère (venant de sa mère). Il demande à Charles V d’employer les compagnies de mercenaires. Le roi accepte avec empressement. Il lui avance même la somme de 60 000 francs pour s’en débarrasser rapidement. Enguerrand part sur les routes de la Suisse. Mais les mercenaires qui, à leur accoutumée, veulent ravager l’Helvétie, trouvent une résistance farouche parmi les suisses. Ils seront tous massacrés et l’expédition d’Enguerrand sera un fiasco. Pour Charles, bonne opération, fini les exactions des mercenaires en France. Les premiers ont été tués à la bataille de Najéra en Castille et les derniers sur les routes suisses.

En août 1374, le roi de France fixe, alors, les nouvelles règles sur la majorité des rois. Ce sera 14 ans. Cet âge correspond à :

– L’admission aux exercices de la chevalerie.

– La compatibilité avec la dignité royale et la gestion administrative du royaume.

– L’instruction des bonnes mœurs, vertus et honneurs

Un autre motif fait qu’il s’attaque à l’âge minimal pour être roi. En effet, il sait que sa santé est fragile et qu’il ne vivra pas vieux sur le trône. Il veut protéger son fils Charles ( 6 ans en 1374) s’il le laisse bientôt orphelin. En abrégeant la durée de ces minorités si souvent orageuses, il sert la royauté et ôte les chances d’usurpation du trône. Ainsi, il assure la tranquillité du pays. L’ordonnance de Charles V fut enregistrée le 21 mai 1375 en séance solennelle au parlement en présence du dauphin, du duc d’Anjou, de plusieurs autres princes, des prélats, du prévôt des marchands et des échevins de Paris.

Il s’est, même, attaché à réprimer toutes les langueurs dans les procès en cours, la corruption des mœurs comme les jeux frivoles à l’excès mais aussi, étrangement, les jeux de dés, de table comme les échecs, les dames, le trictrac mais aussi les jeux de quille, de palets, de boules et de billes. En fait, il supprime tous les jeux qui tendent à énerver le corps ou à rendre les hommes moins habiles aux armes. En même temps, il exhorte ses sujets à choisir des pratiques sportives afin de les rendre plus robustes et aguerris comme la lance, l’arc et l’arbalète. Il prend exemple sur Édouard III qui imposa à tous ses sujets de tirer avec les « longbow » qui firent les succès de Crécy et Poitiers.

Ce roi, faible de santé, préfère les lettres et les arts aux batailles. Il donne des pensions à tous ceux qui se distinguent par leur esprit ou leur science. Étant donné qu’il n’a pas eu le temps de s’instruire comme il aurait voulu, Charles aime recevoir et écouter le recteur de l’Université et les docteurs en théologie dans leurs progrès scientifiques.

Il réserve une tour au château du Louvre dans laquelle il emmagasine plus de 900 volumes, cartes de géographie et instruments de musique. Un trésor pour les historiens. Christine de Pisan, la biographe, disait de lui :

« – Il fit, en son châtel du Louvre, belle assemblée de notables livres et la belle imprimerie de tous nobles volumes touchant à la Sainte-Ecriture, théologie, philosophie et toutes sciences, moult bien écrites et richement ornées. »

Dans cette bibliothèque, il fait installer des barreaux aux fenêtres et un treillage en fil de laiton. Il fait décorer des salles avec luxe et des vitraux peints. Les murs sont richement parés de lambris sculptés. Trente chandeliers et une lampes d’argent sont allumés de jour comme de nuit pour travailler.

Charles V connaissait 7 sciences libérales comme la grammaire, la logique, la rhétorique, l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astrologie.

Pendant son règne, il fait construire des châteaux comme le château de Plaisance, et Beauté sur Marne sans oublier l’hôtel Saint-Pol. Il agrandit et fortifie la ceinture de Paris. La Bastille Saint-Antoine, le Pont Saint-Michel, le Petit-Pont ainsi que le Châtelet ont été construits selon ses ordres. Il fonde aussi des couvents, des hôpitaux et des collèges avec leurs revenus nécessaires à leur entretien.

Malgré l’inquiétude du passé avec Étienne Marcel, il aime les Parisiens. Il s’attache toujours à gagner l’affection de ses sujets qui le manifeste bien. Il augmente, même, les privilèges des commerçants de Paris lors de son avènement à la couronne.

Au niveau économique, il laisse à l’industrie parisienne une libre indépendance. Il ne les tourmente pas comme ses prédécesseurs par des règlements ou une fiscalité toujours en mouvement. Afin de faciliter le commerce avec le reste de la France, il envisage de construire un canal entre la Seine et la Loire. Sa santé précaire ne lui permettra pas de tenir ses engagements.

Sans cesse, il cherche à augmenter le patrimoine du royaume par des acquisitions pacifiques. Il rachète à Jean de Châlon, comte de Tonnerre, le comté d’Auxerre pour 30 000 francs. Ce domaine est rattaché aussitôt au domaine royal.

Le roi, par son ordonnance, défend aux sergents d’armes à la guerre, aux officiers du roi à leur service et aux ecclésiastiques à leurs autels ainsi qu’à la noblesse de son royaume de se présenter désormais pour affermer les impositions.

A la différence de son père Jean et de son fils Charles VI, les sujets du roi ne rechignent pas à payer leurs impôts à Charles V. Ils savent que le roi est économe. Il ne dilapide pas l’argent des contribuables Il les utilise à la défense du pays pour le bien de ses sujets. Sous son règne, les caisses de la France sont pleines et, bien sûr, sans augmenter les impôts.

La marine française a été négligée depuis Saint-Louis. Souvenons-nous du désastre de la bataille navale de l’Écluse, l’invasion des anglais en Normandie, etc.. Il fait construire assez de bateaux pour la possession d’une marine digne de ce nom. En parallèle, il soutient la conservation des forêts qui fournissent des bois de construction.

Jamais roi ne paya avec plus de grandeur de générosité les services de l’État. Les dons faits à Bertrand du Guesclin s’élèvent à des sommes prodigieuses pour l’époque. Ses autres capitaines et ses ministres profitent, aussi, de ses libéralités.

Maintenant, on se bouscule pour venir à la cour la plus magnifique d’Europe. Avant de mourir, Charles V laissera un trésor de plus 17 millions de francs, fruits de ses épargnes.

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