LA PESTE NOIRE

LA PESTE NOIRE

Image mise en avant: La partie en forme de bec du masque contre la peste était bourrée d’herbes aromatiques afin de lutter contre les « miasmes » nuisibles

Chaque période de notre histoire a connu son lot de calamités. Les guerres avec ses misères et ses disettes, les épidémies ou les pandémies, ont marqué et décimé des générations d’hommes et de femmes. Le Moyen Âge n’y a pas échappé.

Aujourd’hui, je vous parlerais d’une pandémie : la peste noire. Cette maladie est liée à la guerre de Cent Ans.

Ce que pensaient les médecins médiévaux

Toujours est-il que les médecins médiévaux, au départ de la diffusion de la peste principalement bubonique, croyaient dans le pourrissement de l’air occasionné par des phénomènes célestes comme l’apparition de comètes ou par des émanations altérées venues du sol ou du sous-sol comme les eaux croupissantes, exhalation des corps malades ou de cadavres en décomposition. Mais le plus proche de la vérité sur la peste est un médecin italien Gentilis de Foligno établissant la théorie que la peste consiste en un empoisonnement du sang dû à une atmosphère infectée. Toujours selon les médecins médiévaux, elle se transmet aussi par la parole et même par les yeux. Face à cette maladie inconnue, ils sont impuissants sur le traitement à prodiguer à leurs malades.

Pour confirmer cette impuissance, le médecin des papes et un des plus grands chirurgiens de son époque, auteur d’un traité sur la chirurgie et considéré comme le père de la chirurgie, Guy de Chauliac renchérit ainsi : «  Et fut de si grande contagion celle qui était avec crachement de sang… que les gens mouraient sans serviteurs et étaient ensevelis sans prêtre. Je la nomme grande, car elle fut honteuse et inutile pour les médecins, d’autant qu’ils n’osèrent pas visiter les malades de peur d’être infectés et quand ils les visitaient, ils ne faisaient rien, car tous les malades mouraient.

Le trajet de la peste noire

« La grande peste » ou « peste noire » commence en 1347. Nos historiens nous rapportent que son point de départ est Caffa, ville portuaire de Crimée en mer Noire, comptoir génois très prospère. En 1343, la ville est assiégée par les Mongols. Les combats durent deux ans. À la fin, le khan Djanisberg est obligé de lever le siège, car son armée est décimée par la peste noire. Avant de partir, il protège ses arrières avec les cadavres des pestiférés. Ils jettent les cadavres dans la ville à l’aide de ses catapultes. La maladie se répand dans les bas quartiers de Caffa.

En septembre 1347, les Génois apeurés quittent les lieux emportant avec eux la maladie pulmonaire jusqu’à Messine.

Elle se répand en Sicile fin 1347 puis dans toute l’Italie en 1348, l’année suivante sous la forme de la peste bubonique

( Infection par la morsure des puces qui ont migré vers l’homme en recherche de nouveau sang après la mort de leur vecteur, le rat).

En décembre 1348 et début 1349, l’épidémie se répand dans le nord par la Suisse et l’Autriche et par le sud de la France par les ports de commerce de Marseille, Toulon et Béziers. De là, elle remonte vers le nord et touche toute la France.

Décembre 1349, l’Angleterre, les Flandres et l’Irlande sont atteintes à leur tour.

1350, la peste migre vers l’est, vers l’Europe centrale et scandinave.

1356, finalement, après avoir traversé la Pologne, la peste noire s’éteint à son point de départ : la Crimée.

Les ravages de la peste noire

Elle revêt deux formes: pulmonaire ou bubonique. Ce qui explique sa progression rapide et sa mortalité effroyable. Elle touche principalement les grandes villes où s’entassent, dans les quartiers insalubres, des populations pauvres et vivant dans une hygiène toute relative favorable au développement des rats et la prolifération des puces. Les campagnes sont moins touchées, car les habitations sont dispersées.

Il est donc plus facile de quantifier les pertes humaines des années 1340 que celles de la peste justinienne vers 400. Après son passage, le pape Clément VI fait procéder à une enquête sur les pertes dues à cette maladie. Il a été recensé 23 840 000 morts en Europe occidentale. Rien qu’à Florence, on a compté plus de 100 000 morts, Paris 50 000 et 25 000 à Tournai, ville proche de la frontière française.

Les communautés religieuses donnent une bonne indication sur la violence de cette maladie. Les Cordeliers d’Avignon, de Carcassonne et de Marseille meurent tous durant la peste. Sur 160 cordeliers à Montpellier, sept survivent. Personne n’est épargné. Médecins, notaires, les membres du corps de la ville et du clergé disparaissent eux aussi. Même la noblesse est touchée. Philippe I°, duc de Bourgogne, décède de la peste à l’âge de 15 ans ainsi que Bonne de Luxembourg, épouse de Jean II le Bon, roi de France, à l’âge de 34 ans.

En conclusion, en cinquante ans, la peste noire a décimé entre un tiers et la moitié de la population en l’Europe occidentale. Ce cataclysme est bien supérieur à celui des deux guerres mondiales du XX° siècle réuni. Les pays ont perdu un fort pourcentage de population, en Autriche 30 %, en France 40 % et en Angleterre 60 %. Des villes entières ont été dévastées comme à Hambourg 60 %, Venise 75 % et Majorque 80 %.

La peste noire s’est invitée au milieu de la guerre de Cent Ans. Les armées françaises et anglaises sont touchées par cette épidémie. Pourtant, il reste assez de survivants pour continuer les combats. La mortalité, due à la peste noire, dans les rangs atteint surtout les plus jeunes. Pour parer à ce manquement en hommes, de part et d’autre, on recrute des mercenaires qui coûtent cher à l’économie des pays. De plus, une génération est sacrifiée.

Peut-on continuer à se faire la guerre dans ces conditions ? Non. Édouard III, roi d’Angleterre, le premier, en mai 1348, propose une prolongation de la trêve de Calais que Philippe VI de Valois, roi de France, accepte d’emblée. La peste noire aura au moins eu cet effet, si l’on peut parler ainsi, d’arrêter la guerre pour quelques années.

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