HUGUES X DE LUSIGNAN ET L’AMBITIEUSE ISABELLE D’ANGOULÊME

HUGUES X DE LUSIGNAN ET L’AMBITIEUSE ISABELLE D’ANGOULÊME

Armes Hugues X de Lusignan

Lorsque Jean sans Terre succéda à Richard I°, cœur de Lion, en 1199, la seigneurie de Cognac était une possession anglaise. Ce prince anglais se maria avec Isabelle d’Angoulême ou Isabelle Taillefer, après l’avoir volée à Hugues IX de Lusignan, son fiancé. Pour mieux assurer son amitié qui était trop proche du roi de France, Philippe Auguste, il lui promit, pour son fils Hugues X de Lusignan, sa fille Jeanne d’Angleterre avec les seigneuries de Merpins et Cognac pour dot.

                       

        Le château de Cognac                                              Les ruines du château de Merpins

   À la mort de Jean sans Terre en 1216, Isabelle d’Angoulême, reine d’Angleterre, duchesse de Normandie et d’Aquitaine et comtesse d’Angoulême quitta l’Angleterre, exclue du cercle restreint des nouveaux conseillers de son fils, Henri III et retourna dans le comté d’Angoulême avec sa fille Jeanne, fiancée à Hugues X, sire de Lusignan, devenu comte de la Marche.

Ambitieuse et égoïste, Isabelle s’occupa plus de sa personne que celle de sa fille.

Isabelle d’Angoulême se maria avec Hugues X. Pour se justifier auprès de son fils Henri III, elle invoque qu’elle était trop jeune pour l’épouser et qu’unir une Anglaise à un Français pourrait lui nuire. Le roi donne son accord mais, demande que lui soit restitué la dot de sa sœur. Cela suffira pour déclencher les hostilités entre une mère et son mari contre son fils.

En 1220, pour contrecarrer les ambitions d’Hugues X de Lusignan et Isabelle d’Angoulême, Henri III désigne Philippe de Uletot, sénéchal du Poitou et de Gascogne qui devra s’assurer de l’obéissance à l’Angleterre de tous les possesseurs de fiefs et de châteaux de ces provinces. Hugues X de Lusignan et Isabelle d’Angoulême s’y refusent. Henri III écrit au pape pour dénoncer un mariage arrangé de sa mère contre sa sœur, Jeanne d’Angleterre, avec Hugues X de Lusignan.

1222, le pape Honorius III menace d’excommunier les usurpateurs s’ils ne remettaient pas les châteaux de Cognac et de Merpins au roi d’Angleterre, indûment acquis. Sur leur refus, ils pourraient être déclarés parjures par l’archevêque de Bordeaux et les évêques de Saintes et de Limoges. Ils durent se soumettre pour éviter l’excommunication et surtout la confiscation des comtés d’Angoulême et de la Marche. Cédant aux menaces du pape, ils conservent leurs biens. Ils décident d’augmenter leur autorité sur leurs terres et d’en soustraire certains privilèges du clergé. Mis au courant, l’évêque de Saintes fit cesser cette querelle entre eux et l’Église.

À la mort de Louis VIII, le Lion, les ambitions des seigneurs du midi et de l’ouest resurgissent. Ils sont prêts à prêter hommage lige au nouveau et jeune roi de France, Louis IX, mais exigent la restitution de leurs fiefs qu’ils avaient perdus sous les précédents règnes. Hugues X de Lusignan, poussé par sa femme hostile à la reine mère Blanche de Castille, demande la restitution de leurs seigneuries. Henri III d’Angleterre pour s’assurer de leurs dévouements, leur donna avec transmission à leurs enfants, les châteaux et Cognac et de Merpins dont il venait de se dessaisir sur ordre du pape. Devenus possesseurs de leurs biens, Isabelle d’Angoulême et Hugues X favorisèrent le commerce du vin et du sel avec l’Angleterre par la Charente. Angoulême prospéra et sa population augmenta.

Un fâcheux évènement vint enrayer la croissance du comté et de la ville d’Angoulême. La bataille de Taillebourg, le 21 juillet 1242. Le comté d’Angoulême fut intégré au Poitou, province du royaume de France confisquée par Philippe Auguste en 1202. Tous les seigneurs vivaient en complète autonomie jusqu’à l’heure.

En 1241, Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, reçut le Poitou, le Saintonge et la terre d’Auvergne en apanage par son frère.

Mais, les seigneurs poitevins dont Hugues X de Lusignan refusèrent de prêter hommage lige à Alphonse de Poitiers. A Noël de la même année, Hugues X insulte le comte de Poitiers. Début de la fracture.

Janvier 1242, réaction du comte capétien, Alphonse réunit la noblesse poitevine. Beaucoup de seigneurs furent absents dont Hugues X. La guerre fut déclarée. En mai 1242, Louis IX envoya une armée de 30 000 hommes pour aider son frère. Les places fortes tombèrent une à une dont celle de Hugues X, Montreuil-Bonin. Henri III, roi d’Angleterre, envoya des troupes qui débarquèrent à Royan.

Saint-Louis à la bataille de Taillebourg

Après une résistance acharnée pour empêcher le passage de la Charente aux Français, au pied du château de Taillebourg, les Anglais et leurs amis, les révoltés poitevins, reculèrent. Henri III s’enfuit pour éviter d’être fait prisonnier. Les Anglais sont acculés sous les murs de Saintes. Après la défaite, Henri III signa une trêve de cinq ans le 1° août 1242. Hugues X et Isabelle d’Angoulême durent céder plusieurs places fortes au roi de France et payèrent 40 000 livres par an pour leur garde. Malgré la défaite de Taillebourg, ils conservèrent une importante fortune.

Craignant d’être spolier à leur mort soit par le comte de Poitiers, frère du roi de France, ou par Henri III, le fils d’isabelle, ils décidèrent de faire des donations de leur vivant à leurs enfants. Ils donnèrent à Guy de Lusignan, leur second fils, les seigneuries de Cognac et de Merpins.

Dégoûtée du pouvoir et humiliée par la défaite de Taillebourg, Isabelle d’Angoulême renonça à tous ses rêves d’ambition. Elle se retira à Fontevraud et y mourut en 1246.

Hugues X de Lusignan, veuf et revenu en grâce auprès du roi de France, participa à la septième croisade aux côtés de Saint Louis. Il mourut le 5 juin 1249 lors de la prise de Damiette en Égypte par le roi de France.

Source: Bulletins et mémoires Société archéologique et historique de la Charente · 1870

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