SIÈGE DE CHALIERS JUIN 1380

SIÈGE DE CHALIERS JUIN 1380


Le siège de Chaliers sera la dernière victoire de Bertrand Du Guesclin. Quelques semaines plus tard, il mourra devant le siège de Châteauneuf-de-Randon. Connétable de France, la colère gronde en Bretagne entre 1378 et 1380. Alors ? que fait-il en Auvergne, en 1380, au lieu de pacifier sa Bretagne natale !

Revenons quelques décennies plus tôt. Nous sommes en 1364, les franco-bretons ont perdu le duché à la bataille d’Auray. Jean III de Montfort aussi appelé Jean IV de Bretagne entre en sécession contre le royaume de France. La Bretagne, duché-pairie de France, veut conserver son autonomie. Charles V ne l’accepte pas. Il assigne en justice le duc qui sera absent ainsi que les Grands de Bretagne à la Cour des Pairs. Le roi de France en conclut que le duché de Bretagne déclenche la guerre au royaume de France. Après l’avis de son assemblée, le roi prononce la sentence suivante :

« – Jean de Montfort est coupable de crimes de félonie, est déchu de la dignité de duc de Bretagne, de celle de Pair de France, de son duché et de toutes autres terres réunies à la couronne »

Certains seigneurs bretons comme Clisson, Rohan, Malestroit, Lohéac et Du Guesclin restent au service du roi. Les autres démissionnent et rejoignent les rangs du duc de Bretagne.

Maintenant, bien seul, sans ses bretons, Bertrand du Guesclin remet au roi son épée de connétable que celui-ci refuse. Pour ne pas créer plus de problèmes à son fidèle et loyal ami, Charles V l’envoie en Auvergne combattre les anglais et les mercenaires. En effet, les Seigneurs des villes de Clermont, de Riom, du Puy en Velay, de St-Flour et d’Aurillac sont exténués des exactions des mercenaires à la solde des anglais qui ravagent le pays et pourraient à terme gêner le royaume de France. Ils demandent de l’aide au roi qui leur envoie Du Guesclin comme chef de guerre. Les frais de cette expédition en hommes, vivres et matériels sont offerts par les Auvergnats.

Bertrand du Guesclin part de Paris arrive à Moulins. Il suit l’Allier et s’attarde un moment le 10 juin 1380 à Clermont. Il est accompagné du comte de Sancerre qui est devenu son commandant en second par obligation car tous ses chefs bretons l’ont quittés pour rejoindre le clan des Montfort. Il est très attristé mais toujours aussi combatif. Le duc de Berry se joint à cette campagne.

Tous les trois, ils décident que l’objectif principal à détruire est la redoutable forteresse de Carlat près d’Aurillac. Pour avoir les mains libres pour l’assiéger, il faut d’abord nettoyer la région de ces mercenaires comme les garnisons fortifiées de Chaliers, Châteauneuf-de-Randon, Montgézieux et Monferrand-de-Gévaudan.

Sur la route se trouve le château de Chaliers. Celui-ci a été repris plusieurs fois. D’abord par les anglais en 1362 qui le monnayèrent en 1370 puis par Chopin de Badefol, mercenaire, repris par la force au printemps 1380. Bertrand demande à St Flour de lui fournir hommes, vivres et matériels pour soutenir le siège de Chaliers. On remet en état les 4 canons de pierriers. On en achète un cinquième. On fabrique une multitude de feux grégeois qui seront lancés par des balistes pour incendier la forteresse.

Au courant, les mercenaires renforcent leur défense. Bertrand du Guesclin comme à son habitude parlemente avant d’engager le combat. Il envoie un traité de paix aux occupants du château qui refusent, bien évidemment car ils sont persuadés que leur forteresse est imprenable. En effet, elle est située sur une arête d’un promontoire entre deux rivières qui coulent à 150 m en dessous de la forteresse. C’est donc une déclaration de guerre.

Le 20 juin 1380 à Saint-Flour, tout est prêt pour faire le siège. Le 21 juin, Bertrand du Guesclin, le duc de Berry et le comte de Sancerre avec leur armée de cinq cents hommes de la ville se mettent en marche. Arrivés devant Chaliers, le siège commence aussitôt.

Pendant six jours, les assiégés sont bombardés à coup de boulets de pierre et pots grégeois. Les mercenaires résistent mais les effectifs s’amenuisent. Il ont beaucoup de morts dans leurs rangs. La résistance faiblit. Le 26 juin, une brèche est ouverte. Les français s’y engouffrent. Tous les mercenaires sont passés au fil de l’épée. La victoire est totale.

Bertrand du Guesclin ne s’attarde pas. Il continue sa route. Maintenant : Châteauneuf-de-Randon. Mais l’aventure de vingt ans de combats acharnés s’arrêtera là. Devant le forteresse qui était prête à se rendre, il décède. Par respect pour ce grand chef de guerre du XIV° siècle, le capitaine de la garnison remettra les clés de sa forteresse sur son lit de mort.

Plusieurs versions sur son décès circuleront : un empoisonnement du sang, une pneumonie voire une eau glacée bue la veille. Pour moi, simple passionné qui le suit depuis sa naissance à travers mon blog, je pense qu’il était usé par tant de combats livrés à la tête de ses bretons et meurtri d’avoir été vilipendé par sa famille de cœur : la Bretagne.

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