CHARLES V , EXERCICE DU POUVOIR 3° PARTIE

CHARLES V , EXERCICE DU POUVOIR 3° PARTIE


Année 1370

L’année d’un duo de choc pour les dix années à venir

Maintenant la guerre est déclarée aux anglais. Charles v est bien entouré mais il lui manque un coordonnateur à toutes ses armées : Bertrand du Guesclin. En effet, le connétable de France, Robert de Fienne dit Moreau, trop vieux et usé par une carrière bien remplie, a envoyé au roi sa démission.

Du Guesclin accepte, malgré quelques réticences, la proposition du roi de prendre la fonction de connétable de France.

Henri de Castille après le succès de Montiel et la mort de son demi-frère, Pierre le Cruel nomme Bertrand, connétable de Castille mais le roi l’attend à Paris. Il rencontre le duc d’Anjou à Toulouse et prennent aussitôt la route pour la capitale. En chemin, les villes de Moissac, Agen, Tonneins et Montpezas se rendent sans se défendre. Les anglais fuient dès que le nom de Du Guesclin est cité. A eux deux, e quarante villes, châteaux ou forteresses tombent dans leurs mains.

Même le Prince de Galles ne se sent plus en sécurité dans sa capitale de la Guyenne, Angoulême. Il se réfugie à Cognac. Avec l’aide des barons et des comtes acquis à sa cause, il se met en marche contre les français. Mais la consigne de Charles V, de ne pas engager le combat, est respectée. Les châteaux et les forteresses sont renforcées.

Du Guesclin laisse le duc d’Anjou et part avec ses hommes rejoindre le duc de Berry qui le demande devant Limoges. Les villageois, fiers d’être français et surtout contraints d’être anglais après 1360, se rendent sans faire d’oppositions au duc. Jean de Craon, l’évêque de Limoges lui remet les clés de la ville. Le prince de Galles apprend la nouvelle. Il est consterné et furieux. Il jure qu’il fera payer chèrement les traîtres. Le duc de Berry, avant de repartir combattre, laisse une centaine d’hommes pour assurer la protection de la ville. A peine les français partis, les anglais assiègent la ville. Soldats, hommes, femmes et enfants sont passés au fil de l’épée. Après le massacre, on dénombre trois milles morts sans distinction de sexe et d’âge. Pendant longtemps, les habitants se souviendront du sac de Limoges le 19 septembre 1370 par les anglais.

Ce fut le dernier honteux exploit du Prince Noir qui, affaibli par la maladie et détruit par la mort de son fils de six ans, quittera la France en 1371 pour ne plus y revenir.

Tandis que les français s’attaquent au sud ouest de la France, une armée anglaise forte de trente cinq milles hommes débarque à Calais en juillet 1370 sous la conduite de Robert Knollys. Sa mission est d’intimider Charles V. Il se dirige vers Paris. Sur son passage, les villes sans défense sont détruites et brûlées. Les places fortes renforcées en soldats à la demande du roi de France résistent bien. Les habitants s’y réfugient. Les anglais s’épuisent à ravager le plat pays. Nous sommes en novembre, les moissons sont déjà récoltées dans le Nord. Robert Knollys a des difficultés à nourrir son armée. Il continue, quand même, sa route. Il traverse la Champagne et passe à Nemours. Puis, il s’installe au sud de Paris dans la plaine entre Villejuif et Paris.

Les anglais souhaitent qu’une chose : provoquer les français au combat. Olivier de Clisson conseille au roi de renforcer la défense de la capitale et surtout de ne pas attaquer. Malgré quelques escarmouches au faubourg St Marceau au cours de laquelle les anglais perdent cinq cents hommes, Robert Knollys ne peut pas rester plus longtemps. Cet échec et le manque de nourriture l’obligent à partir. Quelques jours plus tard, les anglais quittent Paris et se dirigent vers l’Anjou par la Beauce. Du Guesclin prévenu de la présence des anglais sous les remparts de la capitale, arrive mais trop tard. Les anglais sont partis.

Le 2 octobre 1370, est un jour pas comme les autres pour Bertrand Du Guesclin. En effet, dans quelques heures il sera fait connétable de France.

Le matin après la messe, le roi rassemble son conseil. Les princes, les évêques, les maréchaux de France, les grands officiers de la couronne, le recteur de l’université, le prévôt des marchands et les échevins de Paris sont là. Alors, Charles V reçoit le duc de Bourgogne détenteur de l’épée de connétable. Il la lui tend. Bertrand du Guesclin, attendant dans la pièce à côté de la salle du Conseil, est appelé. Il se présente devant le roi. Il s’engage alors une discussion entre eux :

– Du Guesclin, prenez mon épée et employez-la contre l’ennemi de la France.

Votre Majesté, je ne suis qu’un pauvre homme et un petit chevalier devant ces grands seigneurs. Je serais obligé de commander vos frères, vos cousins et vos neveux lorsque j’aurais la charge de l’ost et des chevauchées.

– Messire Bertrand, ne vous excusez point par cette voie. Je n’ai aucun frère, cousin et neveu, ni comte et barons en mon royaume, qui n’obéissent à vous. Si un d’eux vous contredirait, il me courroucerait tellement qu’il s’en apercevrait. »

Alors Bertrand se met à genoux. Il remercie de la confiance que le roi lui accorde. Il prend l’épée et la tire de son fourreau. Puis il se met debout et dit à l’assemblée :

– Je vous la remettrais le jour où tous les anglais auront quitté le royaume de France. Je vous en fais le serment de fidélité et vous prête hommage-lige.

Le roi reçoit cet hommage en lui donnant un baiser sur la bouche. Les hérauts d’armes s’écrièrent à haute voix :

« Vive Du Guesclin, vive le connétable de France !! »

Les réjouissances durent plusieurs jours. Maintenant il faut respecter sa parole et bouter les anglais hors de France.

Du Guesclin apprend que Robert Knollys et son armée campent à Château-du-Loir. Par cette position géographique il menace directement l’Anjou, le Maine, la Touraine et se trouve à proximité du Poitou et de la Bretagne.

Il rencontre le roi et lui demande de lui fournir trente milles hommes d’armes. Malgré la confiance qu’il accorde à son connétable, il ne l’autorisera qu’à lever mille cinq cents (six milles chevaux) dont la solde sera payée pour deux mois seulement. Fidèle à ses engagements, Charles V demande à Bertrand de ne pas engager de combats mais de privilégier le harcèlement.

Le connétable prend aussitôt la route de Caen pour y rencontrer les capitaines qui veulent le suivre et lever une armée de mille cinq cents gens d’armes. Ils en arrivent de partout. Trois milles le rejoignent. Olivier de Clisson l’interpelle :

« –  Bertrand, le roi vous demande d’engager mille cinq hommes et non trois milles !!

– Seigneur, je ne saurais refuser ces volontaires. Ne les contraignons pas à devenir des voleurs ! Ils me serviront à payer aux anglais l’argent qu’il m’en coûte à les équiper »

Son armée, ainsi rassemblée, il part en direction du Mans. Il apprend que Robert Knollys est parti à Angoulême prendre ses ordres auprès du Prince Noir. Sur place, le commandement de son armée est laissé à Thomas Grandson. Belle occasion pour Bertrand. C’est le moment d’attaquer l’ennemi. L’anglais apprend que l’armée française n’est pas loin. Mais ses compagnies sont dispersées autour de Château du Loir. Il envoie des messagers pour la rassembler à Pontvallain. Bertrand le sait et veut créer l’effet de surprise. Il impose à son armée une marche forcée de jour comme de nuit. Au matin du 04 décembre 1370, il approche du campement des anglais mais son effectif a fondu. En effet, sa marche forcée a épuisé ses hommes. Il a avec lui Guy XII de Laval et quelques centaines de piétons. Sans plus attendre, il engage le combat. Les renforts français arriveront plus tard. Malgré leur opiniâtreté, les anglais sont débordés. Ils sont soit morts ou prisonniers. La bataille de Pontvallain est terminée. Nous sommes le 04 décembre 1370.

C’est une grande victoire pour Charles V : non pour le nombres de soldats engagé mais pour l’impact sur le moral des anglais.

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