La bataille de Champtoceaux du 14 au 16 octobre 1341

Les commandants
Assiégés :
Jean de Montfort et deux capitaines ( Froissart parle de Miles et de Waleran, originaire de la Lorraine ?)
Assiégeants :
Jean, duc de Normandie ( futur Jean II, roi de France)
Charles de Blois ( prétendant au trône ducal)
Eudes IV, duc de Bourgogne : il est l’oncle du duc de Normandie, et il apporte un appui d’un puissant contingent de chevaliers bourguignons.![]()
Le comte d’Alençon (Charles II) : Frère du roi Philippe VI, représentant de la haute noblesse de France.![]()
Le comte de Blois (Louis Ier) : Frère de Charles de Blois, venu prêter main-forte à sa cause
Le siège
Le vent d’octobre 1341 siffle sur les hauteurs de Champtoceaux, faisant claquer les bannières aux hermines noires de Jean de Montfort. Du haut des remparts de cette citadelle imprenable qui domine la Loire, les sentinelles observent avec effroi l’horizon. La rumeur disait vrai : la terre tremble sous les pas d’une armée de 5 000 hommes. Charles de Blois, le neveu du roi de France, marche sur eux. Derrière lui, les armures étincelantes de la fine fleur de la chevalerie française promettent l’enfer. Le piège se referme. En quelques jours, le village de l’Humeau est investi. Champtoceaux est encerclée, coupée du monde et de tout espoir de secours anglais. À l’intérieur, 3 000 défenseurs retiennent leur souffle.
Puis, le monstre surgit des lignes françaises. Dans un grincement de bois sinistre, les assaillants font avancer une gigantesque tour de siège à trois étages, haute comme une montagne de chêne. Les défenseurs tentent de la bombarder, mais la machine progresse inexorablement vers la muraille. L’assaut est un chaos de fer et de sang. Au rez-de-chaussée de la tour, à l’abri des madriers, le vacarme est assourdissant : des dizaines de sapeurs frappent les fondations à coups de pics, faisant trembler la roche sous les pieds des assiégés. Au deuxième étage, une pluie de carreaux d’arbalètes s’abat sur le chemin de ronde, fauchant quiconque tente de regarder en bas. Au sommet, les chevaliers français tiennent leur épée haute, attendant avec bravoure le combat, leur regard rivé sur les murs crénelés. La tour touche enfin le mur. Dans un fracas terrible, les passerelles s’abaissent. Les cris de guerre déchirent le ciel d’octobre alors que les soldats se ruent au corps-à-corps. Les hommes de Montfort se battent comme des lions, mais le surnombre est écrasant. Les munitions s’épuisent, les lignes cèdent, les pierres s’effondrent sous les coups des sapeurs.
Le 16 octobre, après quarante-huit heures d’un combat désespéré, le silence retombe sur les ruines fumantes. Pour éviter le massacre de ses derniers hommes, le capitaine de la garnison baisse les armes. Les portes de la forteresse s’ouvrent, laissant entrer un Charles de Blois triomphant. Champtoceaux est tombée, et avec elle, le premier acte d’une guerre sanglante vient de s’écrire.
la fuite de Jean de Montfort
L’écho de la chute de Champtoceaux résonne encore dans la vallée de la Loire lorsque Jean de Montfort quitte précipitamment les décombres de sa forteresse. Pour le prétendant au duché de Bretagne, l’heure n’est plus à la conquête, mais à la survie. Escorté par une poignée de cavaliers fidèles, il galope vers l’ouest le long du fleuve, bride abattue. Derrière lui, la poussière soulevée par l’avant-garde de Charles de Blois rappelle que le temps lui est compté. L’objectif est clair, presque vital : atteindre les puissantes murailles de Nantes, la clé de voûte de son duché, avant d’être intercepté.
Au terme d’une fuite éperdue, les portes de Nantes se referment sur le duc épuisé. Mais le répit est de courte durée. En quelques jours à peine, l’immense armée franco-bretonne de Charles de Blois apparaît sous les murs de la cité. Les tentes s’alignent à perte de vue ; le blocus commence.
À l’intérieur de la ville, l’ambiance devient rapidement délétère. Jean de Montfort tente de haranguer la population et les bourgeois, mais la peur a déjà infiltré les esprits. Les réserves de nourriture s’amenuisent et les effroyables récits de la puissance des machines de siège français à Champtoceaux terrorisent les habitants. Pire encore, la noblesse nantaise commence à murmurer que la cause de Montfort est perdue.
Fin octobre 1341, après seulement quelques semaines de siège, la trahison s’organise dans l’ombre. Les bourgeois de Nantes, refusant de voir leur ville pillée et massacrée, négocient secrètement avec Charles de Blois. Les portes de la ville lui sont ouvertes. Jean de Montfort, cerné dans son propre bastion, est arrêté sans avoir pu livrer son ultime bataille.
Livré au roi de France Philippe VI, il est conduit sous haute escorte à Paris, puis jeté au fond d’un cachot de la tour du Louvre.
Pour le camp de Montfort, le désastre semble total. Le chef est prisonnier, son armée est dispersée. C’est pourtant à ce moment précis, alors que Charles de Blois se croit déjà maître de la Bretagne, qu’une femme va faire basculer le destin de cette guerre : Jeanne de Flandre, l’épouse de Jean, refuse de désarmer.
Les pertes
Les assiégés : Contrairement à d’autres sièges plus tardifs de la guerre de Cent Ans, l’assaut final n’a pas débouché sur un sac de la citadelle. Les deux chefs militaires lorrains, Miles et Waleran, négocient une capitulation honorable avec le duc de Normandie. En conséquence, les défenseurs ont été épargnés et ont pu quitter la place en emportant une partie de leurs possessions.
Les assiégeants : Des pertes très faibles : Grâce à une supériorité numérique écrasante (5 000 hommes contre 3 000) et l’utilisation de leur immense tour de siège protectrice, l’ost royal a subi très peu de perte parmi ses chevaliers.
Sources : les chroniques de Jean le Bel, de Froissart et des quatre Valois