Charles III d’Évreux, dit « le Noble » (1361-1425)

Charles III de Navarre, dit « le Noble », petit-fils de Philippe III d’Évreux et fils de Charles II de Navarre, surnommé « le Mauvais », appartenait à la puissante maison capétienne d’Évreux. Né à Mantes en 1361, il grandit dans une époque troublée, marquée par les guerres entre la France, l’Angleterre et la Navarre.

Son père avait consacré une grande partie de son règne à défendre ses prétentions sur les terres françaises, multipliant les alliances et les conflits avec les Valois, Jean II et Charles V. Le jeune Charles, témoin des conséquences de cette politique, devait choisir une voie différente.
À la mort de Charles II, en janvier 1387, il monta sur le trône de Navarre. Il héritait d’un royaume éprouvé, de possessions normandes perdues ou contestées et d’une maison princière dont les ambitions avaient longtemps inquiété la monarchie française.
— Mon père a passé sa vie à défendre ses droits par l’épée, aurait-il pu confier à ses conseillers. Il nous appartient désormais de préserver ce qui nous reste par la paix.
Contrairement à son père, Charles III privilégia la diplomatie et la réconciliation. Il s’efforça d’apaiser les relations avec la France, notamment sous le règne de Charles VI, et de régler les différends hérités des générations précédentes.
En 1404, un accord conclu avec la monarchie française mit fin à l’essentiel des revendications navarraises sur les anciennes possessions normandes de la maison d’Évreux. En contrepartie, Charles reçut notamment le duché de Nemours.
Charles III ne fut cependant pas seulement un prince diplomate. Il s’attacha à rétablir l’ordre dans son royaume, à favoriser les échanges et à embellir ses résidences. À Olite ( la Navarre), il fit agrandir et transformer le palais royal, qui devint l’une des demeures les plus remarquables de la péninsule Ibérique.
— Les guerres de nos pères ont ruiné trop de terres, aurait-il déclaré. Que nos sujets connaissent désormais la paix, et que nos enfants héritent d’un royaume prospère.
Protecteur des arts, il accueillit à sa cour architectes, sculpteurs et artisans. Sous son règne, la Navarre connut un développement artistique et une relative stabilité politique.
En 1423, il accomplit une réforme importante en réunissant les trois bourgs rivaux de Pampelune sous une même administration. Cette décision, connue sous le nom de Privilège de l’Union, devait mettre fin à de longues divisions entre leurs habitants.

Charles III mourut le 8 septembre 1425, dans son palais d’Olite, à l’âge de soixante-quatre ans. Sa fille Blanche lui succéda sur le trône de Navarre.
Ainsi s’éteignit un souverain dont le règne avait profondément contrasté avec celui de son père. Là où Charles II avait multiplié les guerres et les intrigues, Charles III avait recherché la concorde, la stabilité et la prospérité de ses États.
Avec lui, la maison d’Évreux abandonnait les grandes ambitions territoriales qui l’avaient opposée aux rois de France. Son souvenir demeura celui d’un prince pacificateur, auquel la postérité conserva le surnom de « le Noble ».
Sources: Édouard Privat, Charles III le Noble, roi de Navarre : ses rapports avec la France (1361-1425) (1898), et les actes de 1404 relatifs au duché de Nemours.