Jeanne d’Arc rencontre Charles VII à Chinon
La rencontre avec le roi
En l’année 1429, la France était au bord de l’agonie. Les armées de Charles VII avaient subi une défaite écrasante à la bataille de Cravant, puis une autre à la bataille de Verneuil l’année suivante. Chaque revers rapprochait un peu plus la fin.
Le 12 octobre 1428, les Anglais investirent Orléans. Si la ville était prise, le royaume tomberait avec elle.
S’ensuivit un nouvel affront : la bataille des harengs, qui se solda par une défaite. Une fois de plus, Dieu semblait avoir déserté la France. Blois, Tours et Angers, ces cités royales, pouvaient bientôt tomber, emportant avec elles le dernier espoir. Charles VII envisageait de quitter les lieux ou de fuir vers le sud. Les ducs, les comtes et les barons se regardaient les uns les autres, remplis de désespoir, se demandant s’il partait, ils perdront tout.
C’est dans une atmosphère de désolation et d’appréhension que Jean de Metz fut introduit auprès du roi. Dans la grande salle du château de Chinon, un calme oppressant régnait. Le roi était là, épuisé et inquiet, comme s’il avait déjà perdu la bataille.
Jean s’inclina respectueusement.
— Levez-vous, ordonna Charles VII.
Sa voix était douce, mais étrangement fatiguée.
— On m’a parlé de vous et de la mission que vous accomplissez.
Il saisit le parchemin de Jeanne d’Arc et l’ouvrit, scrutant attentivement les mots qu’il y découvrait. Soudain, ses yeux se posèrent sur cette phrase : « J’ai traversé un pays ennemi pour venir vers vous, à votre secours… et je sais des choses bonnes pour vous. »
Un long moment de réflexion s’ensuivit. Le souverain releva lentement la tête, l’air perplexe.
— Une adolescente qui s’exprime de cette manière ?
Il examina Jean de Metz avec suspicion, cherchant un indice de tromperie, mais ne découvrit rien. Alors, il prononça ces mots :
— Je suis disposé à la recevoir dès aujourd’hui.
Jean inclina la tête, recula et quitta la pièce. À l’extérieur, il accéléra, comme si chaque seconde était cruciale. Après avoir retrouvé Jeanne d’Arc, il lui déclara :
— Le monarque vous accueillera.
Elle ne démontra aucune émotion, ne fut ni émerveillée ni stupéfaite. Un sentiment de sérénité emplissait son regard, comme si tout cela avait été prédéterminé.
Malgré ses incertitudes, Charles VII n’était pas dépourvu de croyance. Il se remémorait les miracles, les signes et les femmes que Dieu avait parfois choisies pour réaliser l’impossible. Il songeait aux récentes prophéties annonçant « qu’une vierge viendrait secourir la France, qu’une femme l’avait perdue (sa mère, Isabeau de Bavière) ». Il songeait aussi à celle, plus ancienne, de Merlin : « Qu’une fille viendrait du Bois Chesnu, et chevaucherait sur le dos des architectes et contre eux (en l’occurrence : les Anglais) ». Bien qu’il fût incrédule, il ne pouvait pas non plus les rejeter. Il attendit donc sa venue.
L’après-midi, Jeanne fit son entrée dans la pièce. La salle était bondée de seigneurs, de capitaines et de courtisans, tous venus pour admirer non pas une messagère, mais une curiosité.
Sans un instant d’hésitation ni de tremblement, elle s’inclina respectueusement devant le roi.
Ce dernier prit la parole :
— Relevez-vous.
Elle obéit. Il l’examina attentivement, comme s’il cherchait à découvrir un secret.
— D’où venez-vous ? lui demanda-t-il. Pour quelle raison désirez-vous m’entretenir ? J’ai du mal à saisir le sens de vos propos.
Alors, elle s’exprima, évoquant des voix, des instructions, un périple à travers des territoires hostiles, Sainte-Catherine-de-Fierbois et la mission qu’elle avait reçue.
Pendant qu’elle continuait son récit, une profonde quiétude envahissait graduellement la pièce, car personne n’aurait osé proférer de tels propos devant un monarque. Une fois qu’elle eut fini, le roi resta silencieux, suspendu entre la rationalité et la croyance.
Finalement, il parla d’une voix solennelle :
— Veuillez patienter dans l’antichambre. Je vous tiendrai informé.
Elle inclina la tête et sortit, refermant derrière elle la porte. Dans cette pièce soudainement empreinte de calme, les hommes réalisèrent que quelque chose venait de s’immiscer dans leur existence. Quelque chose d’inexplicable, d’insaisissable.