La Hire et Xaintrailles se moquent de Jeanne d’Arc

La Hire et Xaintrailles se moquent de Jeanne d’Arc

À Sainte-Catherine-de-Fierbois, elle attendit. Elle dépêcha l’un de ses fidèles, Jean de Metz, à Chinon, avec une missive de Baudricourt et une autre de sa part. Il transportait un message… que personne ne pouvait encore décoder.

Dans la ville, l’homme progressait, exténué et couvert de poussière. Sa monture était elle aussi épuisée. Cependant, son regard était déterminé.

Tandis qu’il se promenait près du château, Jean rencontra deux seigneurs, deux hommes d’armes, l’un nommé Étienne de Vignolles dit La Hire et l’autre Poton de Xaintrailles. Ils descendaient du palais royal, leurs visages trahissant les préoccupations d’un royaume au bord de l’effondrement.

Jean inclina légèrement la tête.

Messeigneurs… Venez-vous du château où réside le roi ? J’apporte de bonnes nouvelles, et je souhaite le rencontrer.

Les deux hommes échangèrent un regard, puis La Hire éclata d’un court rire.

— Avez-vous de bonnes nouvelles ? En ces temps ? C’est plutôt rare… Qui t’envoie ?

— De messire Robert de Baudricourt.

Cette révélation fit réagir son compagnon.

— Par Saint-Denis ! Je le connais. Est-ce enfin des hommes et de l’or qu’il nous envoie ?

Après un court moment de stupeur, Jean de Metz répondit simplement.

— Non, mon seigneur, c’est une femme.

Les deux capitaines éclatèrent presque de rire.

Une femme ?

— Des femmes, on en trouve facilement ici ! Voilà donc tout ce que Baudricourt a pu nous offrir ?

Jean fut submergé par le mépris et presque la malveillance dans les regards des autres. Pourtant, il ne se laissa pas abattre.

— Ne vous moquez pas de moi, messieurs.

Sa voix vacillait, mais ne fléchissait pas.

— Attendez de rencontrer Jeanne d’Arc… Vous changerez certainement d’avis.

Il déroula le parchemin, révélant le sceau intact. Sur le document se trouvait enfin le nom de Robert de Baudricourt. Tous deux cessèrent de sourire. La Hire saisit la lettre et la parcourut attentivement, son expression se durcissant progressivement.

D’où viens-tu ?

Des marches de Lorraine, comme Jeanne.

Par où êtes-vous passés ?

Par Auxerre… en évitant les routes.

Et les Anglais ?

Nous ne les avons pas vus.

— Avez-vous un sauf-conduit ?

– Absolument pas !

Un profond silence s’installa.

Combien êtes-vous ?

— Nous sommes six.

Il marqua une pause.

— Mais c’est elle qui nous menait.

La Hire eut un froncement de sourcils.

— Une fille… qui vous a conduits à travers les terres ennemies ?

Jean rétorqua :

— Quand nous avions peur, elle nous disait : « Fiez-vous à moi. »

Un frisson passa, imperceptible, mais bien réel.

— Cette fille est une sorcière, chuchota La Hire.

Non.

Jean soutint leur regard.

Une sainte.

Le silence tomba.

— Elle prétend être envoyée par Dieu pour sauver Orléans et conduire le roi à Reims.

Poton demeura coi, puis murmura :

— Jamais je n’avais entendu une telle absurdité.

Les trois hommes marchèrent alors d’un pas décidé, franchissant le glacis et la porte du château pour pénétrer dans cette enceinte où toutes les décisions étaient prises, et où tout semblait désormais impossible.

Ce jour-là, une présence inattendue accompagnait l’entrée de ces personnes. Il ne s’agissait pas d’une armée ni d’une richesse, mais d’un message. Et parfois, un simple message peut faire vaciller un royaume.

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