LA CHUTE ET LA MORT D’ÉTIENNE MARCEL

LA CHUTE ET LA MORT D’ÉTIENNE MARCEL

La guerre est déclarée entre le régent et Étienne Marcel.

Pendant que le régent prend Montereau, un de ses fidèles, Jean de Noyer, comte de Joigny, s’empare du marché de Meaux au nez et à la barbe du maire de la ville qui s’apprêtait à livrer le fort à Étienne Marcel. Maintenant, la route de l’est de Paris est aux mains du régent.

En représailles, Étienne Marcel force les portes du palais du Louvre. Il s’empare de l’artillerie et tout l’armement stockés. Tous ces équipements étaient en partance pour le Régent.

Après ce coup de force, il lui rapporte les murmures de Paris contre lui car il ne fait rien contre les ennemis autour de Paris. Il lui écrit de cette manière :

« Les Parisiens ne sont pas des vilains mais sont des prud’hommes et loyaux. Le régent doit protection et défense à son peuple qui lui doit honneur et obéissance. Le régent doit revenir à Paris et restituer les forteresses de Montereau et de Meaux à leurs anciens capitaines et qu’il renvoie ses conseillers. Qu’il ne prenne pas mal la saisie de l’artillerie du Louvre. Le régent doit respecter ses promesses après le meurtre des maréchaux. Tout ceci pour le peuple de Paris. »

Au défi des Parisiens, le régent ne répond pas au courrier d’Étienne Marcel. La guerre est déclarée.

Dans cette tension perceptible, un homme ne pourra plus se taire longtemps, Charles de Navarre. Ils se rencontrent. Charles, le régent, lui explique :

« – Je n’en veux qu’à ceux qui lui ont fait vilenies et déplaisirs comme tuer les maréchaux en ma présence mais je ne rentrerai à Paris tant que mes torts n’auront pas été réparés. »

Le régent lui demande avec insistance de prendre position entre lui et les parisiens. Charles de Navarre choisit Paris.

La ville organise sa défense. 3 000 ouvriers enrôlés forment l’armée du prévôt. On creuse des fossés autour de la capitale. On renforce les murs et on y dispose l’artillerie. On dégage les abords de l’enceinte. Étienne Marcel envoie un de ses fidèles acheter des armes et lever des mercenaires en Avignon. En chemin, les comploteurs sont arrêtés par des gens du Régent. Leurs armes et leur argent sont confisqués. En représailles, les bourgeois arrêtent des lieutenants du régent. Ils se sont infiltrés en ville afin de lui ouvrir les portes. Ils sont arrêtés, décapités et écartelés. Les quatre morceaux de leur corps sont pendus à chaque entrée de Paris.

La menace ne gronde pas qu’à Paris. « La jacquerie » fait grand bruit dans les campagnes du N-E de la capitale.

L’ordonnance du 13 mai 1358 autorise la réparation des forteresses et d’y mettre des garnisons et, donc, d’user de la réquisition. Des nobles arrivent à Saint-leu-d’Esserent pour réquisitionner des gens pour des travaux. Les paysans se révoltent et tuent les nobles. Ils font appel à d’autres villages pour empêcher la réquisition. De quelques dizaines, ils se retrouvent des centaines voire des milliers à refuser les termes de cette ordonnance. La « Jacquerie » est née. Elle se répand dans les campagnes situées entre la Beauvaisis et la route de Paris à Laon et ce, jusqu’au Vexin. Mais, il leur faut un chef. Guillaume Carle dit Jacques Bonhomme un homme de la campagne sera investi de cette mission. Il rassemble près de 5 000 hommes. Il fera la jonction avec Étienne marcel, le révolutionnaire parisien. A eux deux, ils veulent en découdre avec la noblesse. Ils se partagent les actions. Guillaume Carle ira se battre contre Charles de Navarre, commandant en chef de l’armée des nobles. Quant à Étienne marcel, il ira à l’attaque du château de Meaux que le régent s’est emparé depuis peu.

Le 9 juin 1358, Guillaume Carle prépare son armée pour combattre les nobles. 2 corps de combattants à pied, au premier rang les archers et les arbalétriers, retranchés derrières une ligne de chariots. 600 cavaliers sont en attente.

Le 10 juin 1358, les nobles arrivent sur le plateau. Ils veulent en découdre et se venger des seigneurs assassinés par les paysans. Ils sont tous des proches de Charles de Navarre.

La bataille est engagée près de Mello au nord de Paris. Dès le premier quart d’heure, Guillaume Carle est arrêté. Les nobles lancent l’assaut. Ils taillent en pièce les premiers rangs des Jacques. Les cavaliers Jacques apeurés quittent la ligne et tentent de s’enfuir. Friquet de Fricamps et Renaud de Braquemont les rattrapent et les abattent. Guillaume Carle est décapité. La bataille est terminée mais le massacre durera 2 semaines de plus. Tout se finit dans un bain de sang.

De son côté, Étienne Marcel veut récupérer Meaux. Il mobilise les parisiens. Il est rejoint par une troupe de Jacques. Il confie le commandement à son ami Pierre Gilles. Le maire leur ouvre les portes de la ville. Il lui apprend que toute la famille du régent se trouve dans le château. Beau coup à faire pour Étienne Marcel : prendre en otage la famille du régent dont sa femme Jeanne de Bourbon et leur fille, sa sœur Isabelle et le duc d’Orléans, son oncle.

La garnison est composée d’une trentaine de cavaliers, beaucoup de piétons et de deux illustres combattants : Jean de Grailly, le captal de Buch et son cousin, Gaston Fébus, comte de Foix, tous deux fidèles de Charles de Navarre.

Les parisiens quittent le marché de la ville. Ils arrivent sur le pont pour commencer le siège. Quand, soudain, surgissent trente cavaliers sortant du château. Sous la charge les gens reculent en tombant les uns sur les autres. Le pont est dégagé. Le reste de la garnison sort et se jette sur la ville. C’est un massacre. La ville est pillée. Les habitants, qui n’ont pas pu fuir, sont massacrés. Le maire est exécuté.

Le soir du 09 juin 1358, la ville est brûlée. Il ne reste que la cathédrale debout.

Avant la débâcle, les amis d’Étienne marcel se sont enfuis. Ils se sont réfugiés dans Paris.

Au lendemain de la bataille, Charles de Navarre aurait du se ranger du côté du régent et des nobles. Que nenni. Il choisit de s’allier à Étienne Marcel. Depuis longtemps, il vise le trône de France et la destitution du régent Charles.

Le 14 juin 1358, Charles Le Mauvais entre dans Paris. Il est acclamé par les bourgeois. Ils se rendent tous à la mairie de Paris, place de Grève. Il prend la parole. C’est un bon orateur, il harangue la foule. Après ce discours, Etienne Marcel et ses compagnons le désignent capitaine de la ville. Il est acclamé par la foule par des « Navarre ! Navarre ! ». Le roi accepte l’élection. Il prête serment et jure de protéger les parisiens. Charles entre dans la dissidence. Le titre de capitaine correspond à une fonction officielle et honorifique dans l’organisation de la défense d’une ville. C’est un chef de guerre. Il est pris au piège.

Paris est sur le pied de guerre. En effet, depuis la bataille de Mello, la majeure partie des nobles n’a pas rejoint le roi de Navarre mais le régent. Ils ne veulent pas prendre les armes contre le futur roi de France. Il ne lui reste que quelques fidèles et des gens de son Hôtel. Pour la défense de la capitale, Charles de Navarre embauche des mercenaires et des archers anglais. Il partage son armée en 3 corps : Saint Cloud, Saint Denis et le troisième venant renforcer les miliciens parisiens. Mais il faut dégager la route de l’Oise pour assurer les ravitaillements. Il tente le siège de Senlis en vain. Il se replie vers Saint Denis.

La situation de Charles le régent est difficile. Assiéger ou bloquer Paris ?

Le 23 juin 1358, il bloque la ville de Chelles sur Marne. Le 29 juin, il ordonne à son armée de marcher sur Paris. Il campe autour du bois de Vincennes. Mais après, que faire ? Tenter l’assaut ? S’il gagne, la ville sera livrée au pillage des combattants. S’il perd, il sera chassé du royaume.

Son armée compte 3 000 lances et ses fidèles : des contingents venus de l’Empire germanique, « l’archiprêtre » Arnaud de Cervole, des militaires de carrière et des officiers royaux. Face à cette armée, Étienne Marcel demande de l’aide de l’extérieur. Personne ne viendra.

Le Pape et l’Église tentent des négociations de paix. Les 2 Charles s’entendent. Le régent négocie dur. Pour lever le blocage de Paris, il demande 600 000 écus d’Or et la demande de pardon des parisiens. Le Navarrais et les bourgeois acceptent. Le 25 juin l’armée du régent se disloque. Les voies de ravitaillement sont ouvertes .

Mais les Parisiens, eux, n’acceptent pas ce compromis. Quand arrivent les gens du régent aux portes de Paris, ceux-ci sont interdits d’entrer.

«  Qui êtes vous ? lancent les gardes parisiens. Nous sommes du duc de Normandie. Répondent-ils. Retournez voir le Duc, nous n’avons pas besoin de vous. »

Belle manœuvre pour le régent. Son armée est disloquée mais certains entourent toujours Paris. La balle est dans le camp des parisiens.

A l’intérieur de la capitale, l’ambiance se détériore. Les mercenaires et les anglais se conduisent mal. Ils s’enivrent et dépensent l’argent des parisiens. La tension est perceptible. Des bagarres dans les bars et dans les rues éclatent. trente quatre anglais sont tués et quarante sept chefs navarrais sont emprisonnés au Louvre. Les parisiens prennent les armes. Étienne Marcel tente de les calmer. En vain, les anglais décident de se venger de la mort de leurs compagnons. Une bataille est engagée entre anglais et parisiens. Charles de Navarre sent que la situation dégénère. Il se réfugie à St Denis. Puis il intervient pour calmer la foule. Rien n’y fait. Ils ont le sentiment d’avoir été trahis. La foule en arme crie «  Il faut tuer les anglais. En route et tout de suite.» Charles de Navarre et Étienne Marcel, forcés d’obéir, prennent la tête de cette troupe en furie. Les 600 chevaux et 8 000 piétons de combattants involontaires sont divisés en deux corps. Charles de Navarre et Étienne marcel, ne voulant pas s’attirer les foudres d’Édouard III, envoient trois cavaliers prévenir les anglais de l’arrivée des parisiens. Avertis, ils leur tendent une embuscade. Ils massacrent entre 600 et 700 parisiens qu’ils jettent dans la Seine. Les survivants reculent et partent se protéger derrière les remparts de la ville .

Un double trahison arrive. En effet, Étienne Marcel, sain et sauf, (car il s’est mis en retrait des combats) délivre les navarrais prisonniers au Louvre. Ils rejoignent les rangs de Charles de Navarre, réfugié une nouvelle fois à Saint Denis.

Les parisiens, maintenant, réfléchissent et décident de se ranger du côté du régent qui acceptera leurs pardons. Pour cela, il faut en finir avec ces traîtres à la solde des anglais, Étienne Marcel et ses acolytes.

Ce dernier n’a pas dit son dernier mot. Il fomente un complot contre les parisiens. Il s’agit d’ouvrir les portes de Paris à Charles de Navarre et son armée. Il lui donnerait, ainsi, Paris et la couronne de France. Cette trahison l’isole de plus en plus et en particulier au sein de sa famille. Le régent attend toujours autour de Paris. Rien ne bouge pour le moment. Il se décourage. Pourtant, des bourgeois de Paris rejoignent sa cause.

Décidé à ouvrir les portes aux forces anglo-navarraises stationnées non-loin, Étienne Marcel, plus isolé que jamais, ordonne aux gardes de la porte de la Bastille St Denis de lui remettre les clés. Ils refusent. Ils appellent leur responsable qui n’est autre que Jean Maillart, un de ses confrères et parents.

«-  Étienne, Étienne, que faites-Vous ici à cette heure ?

– Que vous importe de le savoir ? Je suis ici pour prendre garde de la ville dont j’ai le gouvernement.

– Par Dieu. Il n’en va pas ainsi. Vous n’êtes ici à cette heure pour rien de bien. Et je vais le montrer aux gardes. Voyez qu’il tient les clés des portes dans ses mains pour trahir la ville !!

– Vous mentez ! »

Maillart est obligé de céder. En effet, Étienne Marcel est armé et accompagné d’une bonne escorte. Il lui confie, donc, les clés de cette porte. Mais Jean Maillart ne reste pas inactif. Il alerte les gens autour de lui en criant : «  Montjoie, Saint Denis ! Au roi et au duc ! Il lève la bannière de la France aux fleurs de lys. Tous poursuivent le prévôt et son escorte. A la Bastille St Antoine, le prévôt fait de même. Il demande aux gardes de lui donner les clés de la porte. Au même moment, arrivent Maillart et les autres :

«- Nous sommes trahis et livrés par ce prévôt. Qu’est-ce que cela ? Montjoie, Saint Denis, à mort les traîtres. »

La foule en délire tue en premier Philippe Giffard, un conseiller du prévôt puis Étienne Marcel et son ami Simon Le Paonnier. Nous sommes le 31 juillet 1358.

Le soir du 2 août, le régent entre dans Paris , acclamé par une foule de parisiens criant : «  Montjoie, Saint Denis, Au duc de Normandie, notre droit Seigneur ! » A son passage par la porte St Antoine, les corps d’Étienne Marcel et six de ses acolytes sont allongés par terre.

Le 04 août, il fait rassembler les parisiens place de Grève. Il leur explique :

« – Étienne Marcel et les navarrais ont comploté contre moi. Ils voulaient faire le roi de Navarre, roi de France. Moi, régent de France, je vous pardonne des paroles et des actes contre moi, je préfère la clémence à la rigueur. »

Furieux et déçu de ses espérances, le roi de Navarre pille Saint Denis et ses environs. Puis, il se replie dans ses fiefs en Normandie avec sa troupe.

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