CHARLES V ET L’EXERCICE DU POUVOIR 2° PARTIE

CHARLES V ET L’EXERCICE DU POUVOIR 2° PARTIE

Aussitôt la guerre déclarée, Hugues de Châtillon, seigneur de Dampierre et de Roullamcourt, grand Maître des Arbalétriers du roi, avec une armée entre dans Abbeville. La ville lui ouvre ses portes. St Valéry sur Somme, le Crotoi, Rue et d’autres places font de même. Tous les anglais sont chassés du comté du Ponthieu.

Charles V récompense leur fidélité en leur octroyant plus de privilèges et annonce que le comté sera maintenant inaliénable du domaine de la couronne de France.

En même temps, la reconquête de la Guyenne est en marche. A sa tête, nous trouvons les deux frères du roi, le duc Louis I° d’Anjou et le duc Jean de Berry. Louis entre directement en Aquitaine à partir de Toulouse. Jean, lui, par l’Auvergne. Au fur à mesure de leurs avances, Cahors et le Quercy, le limousin, le Rouergue se rallient à la cause de la couronne de France. Au total, soixante places fortes anglaises l’ont rejoint. Quant aux barons des Pyrénées, ils avaient déjà pris les armes contre les anglais dès l’hiver 1368.

Édouard III est vite mis au courant de la situation. Il est pris entre un sentiment de surprise car il pensait rester en paix depuis le fameux traité de Brétigny et courroucé de voir ce petit roi de France le provoquer. Pris au dépourvu et les finances maigres du pays, il convoque le parlement à Londres. Celui-ci décide que roi d’Angleterre reprenne le titre de roi de France et récupère les terres conquises par les français. Mais il a vieilli. Il a maintenant cinquante sept ans ( il mourra huit ans ans plus tard). Il recherche les alliances passées avec la Flandre, persuade le roi d’Aragon d’empêcher Henri II de Castille de s’allier avec Charles V et fait la paix avec l’Écosse proche de la couronne française. Rien n’y fait, car Charles V est meilleur diplomate que lui.

Édouard III tente de reprendre la main par une union entre le royaume d’Angleterre et le comté de Flandre par l’intermédiaire de son quatrième fils, Edmond, le comte de Cambridge. En effet, le comte de Flandre cherche à marier sa fille Marguerite III de Flandre, veuve de Philippe I° de Bourgogne dit Philippe de Rouvres, à l’âge de onze ans. L’occasion est belle pour l’Anglais : Un pied en Guyenne, un en Flandre et bientôt un en Bourgogne. Mais, cette union ne se fera pas. Charles V et le pape l’en empêchent. Son frère, Philippe II de Bourgogne dit le Hardi (depuis la bataille de Poitiers en 1356) se marie le 19 juin 1369 avec l’héritière du comté de Flandre.

Sur le terrain, les choses avancent. On se bat autour de Calais, en Normandie et dans le sud de la Loire.

Ce fin diplomate qu’est Charles V aurai pu compromettre cette reconquête des territoires. Peut-être un excès de zèle !! Il décide d’envahir l’Angleterre. La flotte est construite aux Galées de Rouen.

Il y a assez de navires pour transporter quatre milles hommes. Elle partira d’Harfleur (76), près du Havre. Cette armée sera commandée par le duc de Bourgogne. Mais un évènement viendra arrêter brutalement l’ambition du roi de France. Il apprend que Jean de Gand, duc de Lancastre et fils d’Édouard III, a débarqué à Calais avec une armée de six cents gens d’armes et quinze cents archers. Sur l’avis de son Conseil, Charles abandonne le projet d’invasion de l’Angleterre.

Le duc de Bourgogne et ses quatre milles hommes partent pour empêcher la progression des anglais. Le duc passe la Somme à Abbeville. Il arrive près de St Omer où stationnent les anglais dans la vallée. Il prend position sur les hauteurs et observe l’ennemi. Son entourage ne cherche qu’à en découdre. Mais le duc a reçu des ordres du roi : ne pas bouger et laisser s’épuiser l’ennemi. Charles se souvient de l’impétuosité des chevaliers à se battre à Crécy avec son grand-père et à Poitiers avec son père. Ces batailles emmenèrent la France dans des défaites sanglantes et retentissantes. Il n’était pas question de recommencer le même scénario. Après avoir attendu trop longtemps la confrontation, les anglais repartent en direction de Calais, embarquent de nouveau à Calais et rentrent chez eux.

La tentative d’invasion par le nord étant infructueuse, Édouard III envoie une armée en Guyenne. Cinq cents lances et milles arbalétriers commandés par Edmond, comte de Cambridge et par le comte de Pembrock, le gendre d’Édouard III débarquent en Bretagne. Aussitôt, ils se mettent en route afin de rejoindre le Prince de Galles à Angoulême. Ils y retrouvent Hugues Calveley, John Chandos, Eustache d’Abrichecourt, Thomas de Percy et Robert Knollys. Tous sont des anciens de la bataille de Najéra en Espagne. Des hommes aguerris.

Les anglais, maintenant, en nombres suffisant peinent à arrêter la progression des français en Guyenne. La Roche-Posay et Châtellerault sont aux mains des seigneurs acquis à la cause de la couronne française. La Roche-sur-Yon et le château de Belleperche restent les deux faibles succès des anglais.

Il faut parler de la mort de John Chandos, ce grand chef de guerre anglais. Nommé sénéchal de Poitou par le Prince Noir, il reçoit la mission d’empêcher les français de continuer leur progression en Poitou. Au pont de Lussac-les-Châteaux (86, la Vienne), lors d’un combat contre une troupe française commandée par un mercenaire Guillaume Boitel, celui-ci lui enfonce une lance sous l’œil. Dans la douleur et vidé de son sang, il mourra le lendemain le 31 démembre 1369 à Morthemer. Les chroniqueurs disaient de lui :

«  Messire John Chandos était le plus courtois des chevaliers, le plus plein de toutes «  nobles vertus qu’eût produit l’Angleterre depuis cent ans. » Le Prince Noir fût très affligé par la perte de son mentor.

Face à ces médiocres résultats, Édouard III décide d’envoyer un courrier à tous les seigneurs révoltés. Les termes de la lettre sont écrits ainsi :

« Nous voulons que notre cher fils le Prince de Galles se déporte de toutes actions faites ou à faire et restitue à tous ceux qui ont été grevés par lui et ses officiers »

Cette démarche n’a aucun effet sur les seigneurs. Bien au contraire, ce courrier ranime la révolte.

Charles V n’hésite plus. Il chassera les anglais de la France et ce jusqu’au dernier.

Il convoque les États Généraux le 07 décembre 1369. Il soumet au vote des parlementaires l’arrêt ou la continuation de guerre. Tous, unanimement, demandent au roi de continuer avec vigueur de faire la guerre aux anglais. Il est aussi décidé d’augmenter les impôts et la gabelle du sel pour l’entretien de la Maison du Roi et de lever un impôt de quatre livres par feu et de trente sols dans les campagnes appelé «  fouage » pour l’entretien d’une armée. On ajoute une aide du treizième sur la vente du vin en gros et du quart sur celle en détail dans les campagnes. Les vins de Beaune et de Saint-Pourçain sont taxés au triple. Cette augmentation est lourde pour les français. Mais personne ne rechigne à payer. Tous sont certains de la victoire de la France et disent : « Il faut mettre les godons hors du pays »

Fort de sa popularité et de la confiance du peuple, Charles V réunit ses frères en décembre 1369, à Paris, les ducs d’Anjou, de Berry et de Bourgogne. Ensemble, ils définissent le plan de la prochaine campagne de guerre. On reste sur les bases de départ : trois armées. La première commandée par le duc d’Anjou entrera en Guyenne par Bergerac, la seconde par le duc de Berry continuera par le Limousin et la troisième par le duc de Bourgogne servira de corps de réserve et surveillera le nord du royaume et surtout Calais.

Mais, il manque un chef pour commander ces armées. Moreau de Fienne, connétable de France, fatigué des nombreux combats dans sa carrière de militaire, démissionne de son poste et propose au roi de nommer Bertrand du Guesclin

à sa place. Le roi le rappelle d’Espagne.

En attendant, Charles V se souvient encore des anecdotes sur Crécy et les images de Poitiers. Il donne les ordres suivants à ses frères :

«  Mes chers frères, je ne veux plus de batailles comme à Poitiers. Rien ne devra être laisser au hasard. Aucune prise de risque. Les anglais devront être suivis et harcelés. Il faudra leur couper les vivres. Nos armées devront camper dans des lieux sûrs de préférence en hauteur. Il sera préférable d’utiliser une bonne cavalerie que l’infanterie. Je veillerai personnellement à vous acheminer des vivres et de l’argent car je me tiendrai au centre du royaume. Si vous avez besoin de secours, je vous enverrai des renforts »

Tout est prêt pour combattre les anglais et les bouter hors du royaume de France.

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