1364: BERTRAND ENTRE LA GLOIRE A COCHEREL ET LE DÉSASTRE A AURAY

1364: BERTRAND ENTRE LA GLOIRE A COCHEREL ET LE DÉSASTRE A AURAY

Image: la bataille de Cocherel

L’année commence plutôt bien pour Bertrand.

Jean II Le Bon est mort. Son fils Charles devient le roi de France sous le nom de Charles V Le Sage.

Venant après deux rois ridiculisés chacun par un désastre, Crécy et Poitiers, sans oublier celui de l’Écluse pour Philippe VI, Charles est un roi bureaucrate et savant. C’est loin d’être un militaire dans l’âme. Pourtant, il se révèlera un excellent tacticien lors de la reconquête de la France à partir de 1369. Il a le teint maladif, un œdème à la main droite l’empêchant de tenir une épée et une fistule à la main gauche. Il mourra à l’âge de 40 ans d’une angine de poitrine. Du Guesclin sera le bras armé de ce roi malade et chétif.

Charles V possède une haute intelligence savamment cultivée. Bon orateur, grand lecteur de livres d’histoire, de droit, de sciences et d’astrologie, il est un grand travailleur. Du Guesclin, l’illettré trouve en Charles V un maître qui lui inspire respect, admiration, confiance et fidélité. Bertrand ne sera que le bras soumis, discipliné, obéissant aux initiatives de son roi qui, lui, possède le savoir. Complémentarité sans rivalité possible. En plus, il y aura jusqu’à sa mort la complicité avec ce roi.

Après les prises de Mantes et de Meulan, Du Guesclin accompagne le roi en Normandie en son château du Goulay le 24 avril 1364. Deux jours plus tard, le 26 avril, il récompense Bertrand pour ses victoires. Il le nomme chambellan. Cette fonction, habituellement réservée aux nobles, lui permet de rentrer dans le cercle très restreint des intimes du roi. En plus, il reçoit une rente confortable de 1 400 livres en pièces d’or et des biens récupérés aux navarrais. Ses compagnons d’armes, tous bretons, ne seront pas oubliés.

Mais un danger vient l’ouest de la Normandie. Le Captal de Buch à la solde de Charles le Mauvais débarque à Cherbourg. Il forme une armée de 1500 hommes aidés par les garnisons navarraises. Il a pour mission d’empêcher le sacre de Charles V à Reims. Du Guesclin réunit 1500 hommes à Rouen et marche sur Pacy sur Eure ( 27 ). La rencontre des 2 armées se fera à Cocherel. Par ruse, Bertrand met en fuite les anglais après plusieurs heures de combat et fait prisonnier le Captal de Buch. Le Bascon de Mareuil, son fidèle lieutenant, mourra pendant les combats. Bertrand sort vainqueur de cette bataille. Maintenant il a la gloire.

Pourquoi est-il vainqueur à Cocherel ? Uniquement le fait qu’il a commandé cette armée. C’est un militaire dans l’âme, un tacticien reconnu et un chef estimé.

Pourquoi est-il vaincu à la bataille d’Auray et est fait prisonnier ? Uniquement le fait que le commandement lui a été refusé. En effet, Charles de Blois est le seigneur le plus titré. Il lui revient de droit le commandement. Il est piètre chef de guerre et d’ailleurs il y mourra.

Les défaites de Du Guesclin, au nombres de 4, n’entacheront pas sa popularité, le respect de son roi Charles V et des seigneurs sur sa combativité et sa bravoure. A savoir, à cette période un bon chevalier sait gagner ou perdre une bataille. La guerre est un jeu pour lui.

Après sa victoire à Cocherel, Bertrand Du Guesclin est convoqué à Paris par le roi, lui-même, le 21 mai 1364. Il le récompense. Il lui donne le comté de Longueville au nord de Rouen.

Ce territoire, ayant appartenu au comte d’Évreux, a été confisqué par Charles V. Il devient, donc, comte par cette acquisition.

Néanmoins, c’est un cadeau empoisonné. D’abord, il restera toujours un petit noble aux yeux des seigneurs de haute lignée. Il devra rendre au roi les prisonniers de Cocherel comme le Captal de Buch. Adieu, les belles rançons. Yolande de Flandres ou de Cassel, veuve de Philippe de Navarre, réclame l’usufruit du duché de Longueville. Elle intente un procès contre Bertrand. En fait, cette récompense n’est pas si brillante que cela. Du Guesclin est dupé.

Le roi le reçoit une deuxième fois mais à Rouen. Il lui demande en échange du duché de Longueville de mener la guerre contre les navarrais dans toute la Normandie et d’isoler Cherbourg. Cette demande permet aussi au roi de se débarrasser des bretons qui ravage le pays de Caux au nord de Rouen.

Le 12 juin, il quitte Rouen avec son armée. Il se dirige vers l’ouest. En passant, il prend possession de Bernay et de Carentan. Puis, il arrive devant Valognes.

La ville est bien gardée. Un château-fort la protège. La garnison est bien décidée à la défendre. Elle est commandée par Guillaume de la Haie, un navarrais. Il fait le siège avec des engins de type pierrier mais rien ni fait. La garnison résiste et même le nargue. Bertrand est furieux. Il appelle les mineurs mais le château est bâti sur un roc. De plus, Bertrand est pressé car il veut rejoindre Charles de Blois à Auray. Le chef de la garnison narquois propose à Bertrand un marchandage : 300 000 florins et la vie sauve contre le château-fort et la ville. Du Guesclin refuse et le menace de la façon suivante :

– Je ferai venir 12 machines qui restent en Normandie, dit-il, et je vous donne 3 jours pour vous rendre. Après cela il n’y aura pas de quartier.

Prenant au sérieux ces injonctions, Guillaume de la Haie estime qu’il est préférable d’accepter. Bertrand leur donne la vie sauve et prend possession de la ville.

Puis, il se dirige vers St Sauveur le Vicomte qu’il assiège. La garnison se rend. Lors de ce siège, Bertrand reçoit un message de Charles Blois qui lui demande de lui venir en aide. Mais il ne peut pas le rejoindre car il est lieutenant de Normandie, fonction donnée par le roi Charles V. Il va à Paris. Il lui demande de le desservir de sa fonction le temps d’aider Charles de Blois en Bretagne. Le roi accepte. Avec sa troupe de bretons, il part rejoindre le duc. Le 15 septembre 1364, il rentre en Bretagne. Il a avec lui Jean III de Chalon, comte d’Auxerre, et son fils, Jean IV ainsi que Louis de Chalon-Arlay.

L’année 1364 finit mal pour Bertrand Du Guesclin

Le 29 septembre 1364, L’armée de Charles de Blois fait face à celle de Jean de Montfort. Il nomme Bertrand du Guesclin, capitaine, et le place à son aile droite avec 1 000 hommes. La bataille est engagée. Le premier corps du comte d’Auxerre plie, puis celui de Bertrand. Il reste celui de Charles de Blois qui, pris à revers par Calveley, est anéanti. Il mort même au combat. C’est une défaite cuisante pour les franco-bretons.

Jeanne de Penthièvre a tout perdu. Charles V, roi de France est courroucé de cette défaite. En plus de la mort de Charles de Blois, Bertrand du Guesclin et les comtes d’Auxerre et de Joigny sont faits prisonnier. Il pourrait lever une armée mais s’y refuse. Il préfère la négociation à la force.

Tous les deux signent le traité de Guérande, le 12 avril 1365. Jean IV de Montfort, fils de Jean mort en 1345, sera le seul duc de Bretagne tant que la descendance sera masculine. S’il advenait que les garçons venaient à manquer, le duché reviendrait aux Penthièvre. En plus, Il devra prêter hommage au roi de France. Ce traité de Guérande met fin à la guerre de succession entre bretons. Elle aura duré 23 ans de 1341 à 1364.

Mais Charles V a besoin de Bertrand pour une expédition d’une autre envergure…..

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