SIÈGE DE MELUN 1364 CHARLES CONTRE CHARLES

SIÈGE DE MELUN 1364 CHARLES CONTRE CHARLES

La guerre des Charles.

Rappelons-nous ! Philippe de Rouvres, duc de Bourgogne décède de la peste à 15 ans en 1361. Il a été marié à Marguerite III de Flandre. Le mariage n’a pas été consommé donc pas d’héritier. Ils étaient bien trop jeunes.

Bon parti à prendre, le duché de Bourgogne, de Rethel, de Nevers, du Brabant, et de Limbourg. 3 prétendants se présentent pour le remariage de Marguerite. Pour le royaume d’Angleterre, Édouard III veut placer son fils Edmond de Langley mais le pape Urbain V, français, en liaison avec le roi de France, s’y opposent. Le pape prétexte une consanguinité. En fait, tout les deux ne veulent pas d’un ennemi aux portes Nord et Est du royaume. Déjà l’Angleterre est au Sud avec la Guyenne et à l’Ouest en Bretagne avec Jean de Montfort. Quant à Charles le mauvais, roi de Navarre, prince de sang capétien, ses espoirs tombent à l’eau. Depuis longtemps, il lorgnait le duché de Bourgogne. il s’est fait berné par les français. Jean II prend de court tout le monde et marie son fils, Philippe le Hardi, au nez et à la barbe des anglais et des navarrais.

D’où la furie et la vengeance de Charles de Navarre contre Charles, le régent de France, médiateur entre la France, le pape et la Bourgogne. Il sanctionne cette vilenie par le blocus de Paris. En effet, il ferme la navigation sur la Seine. Il perturbe dangereusement le ravitaillement de la capitale en amont de la Seine à Melun, château occupé par sa sœur Blanche de Navarre et en aval à Mantes, Meulan et Rolleboise par un renforcement de ses garnisons. Elles contrôlent le trafic et le taxent très cher entre les ports d’Harfleur, de Rouen et la capitale. La stabilité du royaume est en danger. Paris tombe, le royaume suivra. Bientôt la capitale est au bord de l’asphyxie. Charles, régent de France, pense qu’un vent de révolte qui pourrait se lever comme en 1358 avec Etienne Marcel et déstabiliser le royaume. Il faut agir, agir vite. Il faut désenclaver de toute urgence Paris. Il faut libérer les voies de navigation.

Mais, il y a un souci. Il faut faire la guerre au navarrais et reprendre les forteresses. Une armée est constituée. Les rangs grossissent de jours en jours. Mais qui commandera ? N’oublions pas que les meilleurs capitaines ont été à Poitiers, soit tués ou emprisonnés avec des mises à rançon qu’ils ne peuvent difficilement honorées.

Alors, une idée germe dans l’esprit du régent : Bertrand du Guesclin, ce vaillant chevalier et émérite chef guerrier. Il lui envoie un émissaire pour le rappeler à Paris de toute urgence. Arrivé sur place, l’envoyé sonne à la porte du domaine de Bertrand. Il vient lui ouvrir et lui dit :

– Seigneur, je viens derechef vous voir. Le régent vous mande de toute urgence. Le royaume de France est en danger. Charles de Navarre bloque la capitale en amont et en aval du fleuve. les approvisionnements n’arrivent que difficilement. L’heure est grave.

– Attendez héraut, je reviens vous donner ma réponse.

Puis, il rejoint Tiphaine en conversation avec l’intendant du domaine. Il la prend à part et lui explique le motif de la venue de l’envoyé du régent et lui dit :

– Tiphaine, ma bien-aimée, je souhaite me reposer à vos côtés. Je vais renvoyer le messager du régent en lui disant que je suis occupé dans mes terres.

Tiphaine, en plus d’être belle, est instruite et intelligente. Elle lui répond promptement :

– Mon ami, il n’est pas encore pour vous le temps d’être sans emploi. Vous ne le savez peut-être pas, mais je l’attendais depuis longtemps cet envoyé de Paris. Je l’ai lu dans mes tablettes. Le Ciel vous donnant les grands talents qu’il vous a comblés, vous fait un devoir de les employer. Vous n’êtes qu’au milieu de votre carrière. Vous connaissez toute l’affection que j’ai pour vous et le plaisir de vous avoir à mes côtés mais je consens, car je le dois, à vous éloigner de moi. Si cet éloignement vous chagrine, je suis prête à partir avec vous. Mais je crois que les affaires domestiques exigent ma présence ici. Je sais que votre bras sera plus utile à toute la chrétienté et à la France qu’à moi. Sachez que tout ce que je viens de vous dire, est écrit dans le grand livre du Ciel où Dieu à tracer votre illustre vie. Votre nom sera écrit dans l’histoire de ce pays. Votre destin ne vous appartient plus. C’est écrit dans les tablettes. Prenez-les et conservez-les sur vous tout le temps pour l’amour de moi. Et maintenant, partez avec l’envoyé du régent.

– Ma bien-aimée, je les garderai sur moi jusqu’à ma mort. Je vous remercie Tiphaine de ces belles paroles.

Entourés des siens, Bertrand quitte Pontorson pour Melun et non pour Paris car le régent est en cours de mettre le siège au château.

Charles, Régent de France, avant d’assiéger la forteresse, entame les négociations avec Blanche de Navarre. Il ne veut pas donner l’assaut tant que Du Guesclin n’est pas arrivé. Il envoie un héraut au château. Celui-ci arrive devant les portes.

– Holà ! Sentinelles, je viens voir la reine de Navarre de la part de mon Seigneur, le régent de France.

La sentinelle :

– Attendez, je vais prévenir Ma reine.

Puis le pont-levis s’abaisse et le héraut entre. Il y rencontre Blanche de Navarre et rapporte en détail le contenu du message :

– Madame, mon Seigneur, vous somme de lui rendre la forteresse que votre frère, Charles, lui a prise indûment. Il vous propose, même, de vous dédommager de sa perte par un échange d’un autre domaine.

Blanche répond sèchement au héraut.

– Seigneur, vous direz à votre régent que je n’échangerais jamais ma ville. Il faudra qu’il entre par une brèche qui sera arrosée du sang des soldats français.

Le héraut quitte la forteresse avec cette réponse négative qui mettra sûrement en colère le régent.

Arrivé à son quartier général, le héraut rapporte la réponse de la reine. Il prend la décision suivante :

– Puisqu’il en est ainsi, nous attaquerons demain matin.

Entre temps, Bertrand arrive au siège de la ville avec 200 lances. Il salue le régent avec un genou à terre. Le régent le relève et l’embrasse. Il lui dit :

– Je savais bien que le brave Bertrand ne manquerait pas de venir me trouver quand les affaires de l’État iraient mal.

A l’aube, les trompettes sonnent l’assaut du château. Le régent n’a pas de machines de jets. Il faut l’attaquer par les échelles.

Les archers et les arbalétriers balaient les remparts avec les traits et les flèches. Les hommes d’armes montent à l’assaut. Du Guesclin et ses bretons sont les premiers. Ils veulent se faire remarquer par le régent. Bertrand crie à ses hommes :

– En avant, mes amis bretons ! En avant ! montons et tuons les ennemis du royaume.

En montant à l’échelle, il voit son ennemi juré, le Bascon de Mareuil. Il est enragé. Mais la forteresse se défend bien. Il hurle aux archers et aux arbalétriers :

– Visez le Bascon de Mareuil. Si vous le tuez, la forteresse tombera. Alors allez-y, tirez !

Ils visent mais rien n’y fait. Les assauts des français sont repoussés. Voyant que son armée piétine, Charles décide d’y aller lui-même.

– Seigneurs, je vais aller en tête de mon armée pour les remotiver. Il y a tant d’hommes qui se battent pour moi.

Le connétable de France, Moreau de Fiennes lui répond:

– Sire, non, restez ici. Laissez les gens d’armes faire leur besogne. Vous allez mettre le pays en danger s’il vous arrive quelque chose. Rappelez-vous votre père à Poitiers.

Sur leurs conseils, Charles se calme et décide de ne pas intervenir pour ne pas mettre la royauté en danger. Il dit à ses maréchaux :

– Le royaume de France est bien confondu à cette heure. Mon père est prisonnier des anglais. C’est le vassal qui détient son suzerain. Il s’est emparé de nos forteresses sans que je puisse les chasser. J’en ai honte. Pour comble d’infortune, mes amis, mes plus proches parents sont contre moi. Ne verrais-je jamais mes ennemis et mon père libéré de sa captivité ? Dieu, veuilles m’accorder mes grâces ! Que volontiers, pour les obtenir, je disparaisse de ce monde !

En attendant, Du Guesclin se démène comme un diable mais la résistance est vive. Les traits des assiégés tombent sur les attaquants si drus qu’on croirait une pluie d’hiver. Le Bascon de Mareuil est partout sur les remparts pour commander la défense. Bertrand jure :

– Que par Dieu qui peina en croix et au tiers ressuscita, j’irai te parler en tête à tête, Bascon de Mareuil ! Quel bonheur, si je pouvais t’enfoncer ma dague.

Bertrand redouble de vigueur et de hargne. Il remonte le premier à l’échelle, l’épée au poing, en se protégeant derrière son écu.

Du haut des remparts, le Bascon de Mareuil voit monter Bertrand et dit à ses gens d’armes :

– Qu’attendez-vous ! jetez lui des pierres. Remplissez ce fût plein de cailloux et balancez-le sur ce vilain qui monte. Regardez comme il est gros, carré et court.

Effectivement, le tonneau rempli de pierres brise l’échelle. Bertrand choie la tête la première dans le fossé rempli d’eau. Le bègue de Villaines, son ami, crie aux soldats :

– Que l’on sorte Bertrand du fossé. C’est plus important que de prendre la forteresse.

Aussitôt, un groupe de bretons s’empresse de sortir leur capitaine. On le tire par les pieds.

Le médecin du dauphin accourt. Bertrand, évanoui, est évacué à l’arrière. Le médecin, s’adressant à quelques soldats, leur ordonne :

– Mettez-le sur le tas de fumier encore chaud. Il va reprendre ses esprits.

Au bout d’une heure, il se réveille. Il reprend ses sens et interroge ses amis qui l’entourent:

– Beaux seigneurs, comment allez-vous ? Avez-vous pris la forteresse ? Les assiégés se sont-ils rendus ?

Ses amis, un peu gênés, lui rétorquent:

– Non, Bertrand, ils veulent bien rendre Melun que si le duc de Normandie lève le siège et reparte à Paris.

– Par ma foi, le duc n’y consentira pas. Retournons à l’assaut. Qui m’aime me suive !

Il repart au combat. Maintenant, il s’attaque à la porte du château à coups de hache. Il tue les sentinelles. La porte est, pour ainsi dire, enfoncée quand le nuit arrive. On fait sonner la retraite. Le combat cesse et on le reprendra demain matin.

Le lendemain matin, le régent :

– Bertrand, je vous nomme commandant de mes troupes et vous ordonne de rependre le combat. Prenez, avec vous, mes meilleurs soldats. Bertrand ! je veux Melun.

– Bien, Sire, vous aurez ce que vous voulez.

Mais, côté des assiégés, le ton change. Ils ont perdu beaucoup d’hommes hier. Maintenant, la reine de Navarre et le Bascon de Mareuil voient que le régent a donné le commandement des troupes à Bertrand Du Guesclin. Pour éviter un désastre, ils préfèrent demander la capitulation de la ville. La reine envoie un héraut au Régent.

Il se présente devant le régent :

– Sire, ma reine demande la capitulation de la ville

– Héraut, répondez à votre reine que je lui accorde la capitulation. Elle devra sortir de la garnison avec ses gens et leurs bagages. Elle devra se retirer où elle veut. En échange, je lui donne Pontoise, Vernon, et dans le comté de Gisors, Gournay et Neufchâtel en Bray.

L’incident est clos et le régent prend possession de la ville. Il y place une forte garnison et repart à Paris. Il entre par la porte Saint Martin. Il est acclamé par toute la ville. Les parisiens sont soulagés de ne plus voir les anglais et les navarrais qui venaient jusque sous leurs portes. Le régent dit au peuple :

– Nous allons maintenant faire la guerre aux navarrais et reprendre les forteresses en aval de la Seine. J’ai à mes côtés un grand chef de guerre, Bertrand du Guesclin.

Et le peuple, tout au long du chemin jusqu’au Louvre, les acclame, dans une liesse collective :

– Vive le régent ! vive Bertrand du Guesclin !

 

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