1365 Bertrand du Guesclin part en Espagne

1365 Bertrand du Guesclin part en Espagne

Charles V et le pape Urbain V cherchent l’homme providentiel qui commandera une expédition en Espagne. Le roi de France avait déjà posé la question à Bertrand. Il sait que les Compagnies lui vouent un grand respect comme chef militaire.

Mais en cette année 1365, il est libre mais toujours prisonnier, sur parole, de l’anglais de John Chandos à la défaite d’Auray. Il ne doit participer à aucun combat tant que sa rançon n’est pas intégralement payée. Du Guesclin emprunte vingt milles francs auprès de Gérard V de Chabot, sire de Rays qu’il verse directement à Chandos. Pour le reste de la rançon, Charles V l’honorera. Mais le roi, en bon gestionnaire, ne donnera le reste que sur une reconnaissance de dette signée de Bertrand. Cela étant fait, Du Guesclin est donc libéré pour commander cette expédition en Espagne.

Fin septembre 1365, Il arrive à Paris et rencontre le roi. Il lui fixe les objectifs suivants : combattre le tyran Pierre le Cruel, roi de Castille, se débarrasser des sarrasins et des juifs et mettre sur le trône Henri Trastamare, le demi-frère de Pierre, un proche du royaume de France. En fait, cette expédition est n’a qu’un but pour le roi et le pape : se débarrasser des compagnies qui ravagent toute la France.

Début octobre 1365, il se met en route car il doit rencontrer le gros des troupes des Compagnies à Châlon/Saône. Il a avec lui quelques milliers d’hommes, des bretons, des normands, des flamands, des anglais et bien d’autres. Il est accompagné d’amis comme Jean de Bourbon, comte de la Marche, le cousin de Blanche de Castille assassinée par Pierre le Cruel, le maréchal Arnoul d’Audrehem, Antoine de Beaujeu, son frère Olivier Du Guesclin et ses cousins bretons. Mais Bertrand est le chef incontesté de cette expédition.

Mi-octobre, il est à Châlon/Saône. Les mercenaires arrivent de tous les coins de France. Peu de chefs l’ont vu mais tous connaissent sa réputation. Ils se posent plusieurs questions : quel est le but de cette expédition, le trajet et les perspectives de butin ? Il devra les convaincre de le suivre.

Mais Du Guesclin se méfie. Il connaît bien ces gibiers de potence. Il y retrouve Hugues Calveley, son ennemi à la bataille d’Auray et son prisonnier au château de Montmuran. Il y a là des allemands, brabançons, flamands, picards, lorrains, navarrais, anglais et bien d’autres nations.

Bertrand Du Guesclin s’adresse à l’assemblée. Il commence son discours ainsi :  « 

– Dieu vous garde, compagnons, je vous ferai tous riches et dans pas longtemps.

– Bien ! Soyez heureux, Sire Bertrand. Nous ferons tout ce qu’il vous plaira.

– Eh Bien, nous sommes donc d’accord.

Hugues Calveley le prend à part :

« – Bertrand, par Dieu qui créa le monde, j’irai guerroyé partout où il vous plaira ; Mais je ne combattrai pas contre le Prince de Galles et John Chandos. S’ils le veulent, je vous quitterai et irai les rejoindre. Je le jure devant vous.

– Je vois trop bien cela. »

Il l’invite à partager son vin. Tout s’arrange pour Du Guesclin.

Il explique l’objet de cette expédition aux chefs de Compagnies :

« – Seigneurs ! Voilà pourquoi je suis venu. Le roi de France pour sauver son peuple veut que vous veniez avec moi pour tuer des sarrasins en Espagne et punir de mort le roi Pierre qui a assassiné son épouse. Nous y trouverons bons vins, bonnes victuailles et beaucoup de d’argent. J’emmène avec moi, le maréchal Arnoul d’Audrehem, le comte de la Marche, Olivier de Mauny et ses frères et d’autres beaux chevaliers. En Avignon, je vous ferai donner deux cent milles florins et l’absolution de tous vos pêchers. »

Les capitaines de Compagnies très sensibles à ce discours lui font un triomphe. Hugues Calveley, leur chef, est résolu à faire la croisade. Pourtant tous ne sont pas d’accord avec lui. Certains préfèrent continuer à piller en France et refusent de partir. Vingt cinq capitaines avec leurs hommes se rangèrent du côté de Bertrand. Ne nous y trompons pas, les Compagnies ne cherchent que l’attrait de l’abondance et de la vie aisée en Espagne.

Quand Du Guesclin a l’accord écrit et scellé, il monte à Paris pour l’expliquer au roi. Arrivé à la capitale, il lui explique:

« – Sire, j’ai accompli votre gré. Je mettrais hors de votre royaume tous les pires gens de votre règne.

– Bertrand, veilles de garder ton corps et reviens en bonne santé et joie par la Sainte Trinité.

– Merci, Sire. Mais les capitaines ont grande volonté de venir à Paris, votre bonne cité.

– Je le veux de bon gré. Qu’ils viennent au Temple se rassembler. »

Ils arrivent à Paris. Ils sont reçus par le roi de France loin du centre de la capitale. En effet, les parisiens ne comprendraient pas de voir ce défilé de renégats sous leurs fenêtres. Ils les haïssent. Le soir, ils festoient et le lendemain, ils scellent l’accord.

Mi-octobre 1365, la croisade se met en route de Châlon et se dirige vers le sud. Du Guesclin partage en 2 groupes son armée de mercenaires. Le premier commandé par Hugues Calveley, commandant en second, traverse le Massif Central. Bertrand commandant le deuxième passe par la vallée du Rhône. Les rangs grossissent à vue d’œil tout au long du chemin. Ils sont rejoints par d’autres capitaines comme, Guillaume Boitel, le Vert Chevalier, Séguin de Badefol, Guillaume de Lannoy, le Bègue de Vilaines et bien d’autres chefs renégats.

Fin octobre, toute cette armée s’arrête en Avignon. Le maréchal d’Audrehem, le plus instruit de tous, entame les pourparlers avec l’envoyé du pape, un cardinal :

« – Mon Seigneur, nous voulons deux cent milles florins qui ont été promis et l’absolution pour ces douze milles gredins.

Surpris et effaré, le cardinal :

– Pour l’absolution d’accord ; Mais les deux cent milles florins, je ne suis sûr de rien, je vais en parler au Pape.

Bertrand du Guesclin :

– Mon Seigneur, il vous convient de donner tout ce que vous demande le maréchal car il vous dit vrai que les absolutions ne suffiront pas. Ils veulent de l’argent.

Le maréchal :

Nous avons, ici, douze milles hommes que nous pourrons tenir au calme que s’ils sont payés. »

Ne voyant rien venir, les Compagnies commencent à piller dans la région. Apeuré le pape prélève un impôt sur ses habitants (évidemment, l’Église ne veut pas se démunir et pourtant elle est riche, très riche). Les deux cent milles florins sont collectés et donnés au maréchal. Bertrand apprend que l’argent ne vient pas des caisses de l’Église mais du peuple. Il est outré et courroucé.

Mi-novembre 1365, on se remet en route. Du Guesclin est inquiet. Les deux cent milles florins ne suffiront pas pour aller battre le roi de Castille Pierre le Cruel. Pierre le Cérémonieux, roi d’Aragon, comme entendu avec le roi de France, doit leur verser le dernier paiement de l’expédition soit cent milles florins. Pierre IV promet de les payer. Cette croisade doit traverser son pays pour rejoindre la Castille.

Bertrand arrive à Montpellier le 29 novembre avec le gros des troupes. Quelques Compagnies embarquent à Aigues-Mortes pour faire la jonction avec Du Guesclin à Barcelone. Tout ce ramassis de soudards, sur ses terres, inquiète Pierre IV d’Aragon .

Arrivés à Perpignan ( Perpignan et ses environs appartiennent à l’Aragon), les chefs des mercenaires de la Compagnie Blanche sont reçus par Pierre IV d’Aragon. Le roi explique à Du Guesclin et au maréchal d’Audrehem l’organisation de leur passage dans son royaume. Ils devront traverser par groupe de deux cents hommes encadrés par un guide espagnol et accompagnés de cavaliers aragonais. Les arrêts sont prévus tout le long du passage. Les femmes et leurs filles sont priées de se mettre à l’abri. Le roi leur fournira vivres et matériels.

Mi-décembre 1365, Du Guesclin avec toute son armée passe les Pyrénées par le col de Perthus et s’installe en Catalogne. Du Guesclin ne partira pas tant qu’il n’aura pas reçu la part du roi d’Aragon pour financer la suite de la croisade. L’affaire se complique car les chefs mercenaires ont beaucoup de mal à contenir l’ardeur de leurs hommes. Le roi a peur pour ses concitoyens. Il promet une première fois de payer quand le Compagnie Blanche sera en Castille. Henri de Trastamare et ses castillans campent à la frontière.

Le roi tente d’amadouer les 2 chefs de la Compagnie. Il les invite à Barcelone à un banquet le 1° janvier 1366. Il leur promet une deuxième fois de l’argent dès qu’ils seront en Castille. Il investit même Bertrand et Hugues Calveley, Grands d’Espagne. Ils reçoivent chacun une baronnie aragonaise à reconquérir sur les terres castillanes. Mais ils ne sont pas dupes. Ils restent fidèles l’un à Édouard III et l’autre à la Fleur de Lys. Ils décident de ne pas bouger. Furieux, Henri de Trastamare retire ses troupes tant que Pierre IV n’aura pas versé son dû. Les pillages continuent. Pris à la gorge, il signe un nouveau traité le 25 janvier 1366 avec les mercenaires et Henri de Trastamare. Il s’engage à payer son dû quand ils seront en Castille. Il leur fournit une avance tant bien que mal.

Les capitaines décident de commencer la campagne d’Espagne………

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